Mademoiselle de Joncquières – 2018 – Emmanuel Mouret – Madame de La Pommeraye (Cécile de France), jeune et jolie veuve, qui se pique de n’avoir jamais été amoureuse, finit par céder aux avances du marquis des Arcis (Edouard Baer), réputé libertin, qui la courtise avec assiduité. Après quelques années heureuses, elle découvre que celui-ci s’est peu à peu lassé d’elle. Brisée et blessée dans son orgueil, elle entreprend de se venger.
Ce qui commence comme un délicat moment de libertinage se termine dans l’amertume et la vengeance. Ne pas se fier à l’esthétique du début… Les histoires d’amour finissent mal parfois.

Mauvaises herbes – 2018 – Wael (Kheiron), un ancien enfant des rues vit de petites escroqueries avec sa mère adoptive Monique (Catherine Deneuve). Quand ce duo peu conventionnel arnaque Victor (André Dussollier), une vieille connaissance de Monique désormais responsable d’un organisme d’aide aux adolescents en difficulté, ils n’ont pas d’autre choix que de devenir sa secrétaire par intérim pour l’une et son éducateur pour l’autre afin de se racheter.
Face à six enfants déterminés, déterminés à gâcher tous ses efforts, l’histoire personnelle de Wael et ses astuces inventives deviennent la clé pour gagner leur confiance – et il se rend vite compte que lui aussi a la chance de guérir son passé et de trouver sa place dans la société.

Le Jeu – 2018 – Fred Cavayé – Tout commence dans un appartement confortable où des amis se regroupent autour d’une bonne table. L’ambiance est très détendue, ils rient même aux mauvaises blagues partagées dans ce moment d’amitié. Tout irait bien s’ils n’avaient pas l’idée de partager leurs smartphones, leurs sms et leurs appels téléphoniques pendant le temps de ce dîner… Parfois, la vérité est cruelle.

La tête haute – 2015 – Emmanuelle Bercot –  Hommage aux services sociaux français, le film relate le parcours d’un jeune homme en quête de sens, tentant de s’arracher à la fatalité familiale. Trois superbes acteurs : Rod Paradot, qui entre comme par effraction dans le cinéma français, Catherine Deneuve en juge attentive et Benoit Magimel, l’éducateur plein de compassion.   

L’avenir – 2016 – Isabelle Huppert, magnifique comme toujours, à la croisée des chemins. Excellent film de Mia Hansen-Love, explorant a la manière d’un documentaire, une femme d’âge mur, prête à redéfinir sa vie et ses choix.

Ma vie de courgette – 2016 –  Film d’animation témoignant avec sensibilité mais réalisme aussi de la vie d’un enfant de la DASS.  Le sens de l’humour permet de supporter la difficulté du propos et le scénario insuffle un petit vent d’espoir.

L’atelier – 2017 – Laurent Cantet – Olivia, romancière parisienne (Marina Fois) anime un atelier d’écriture avec un groupe de jeunes chômeurs à La Ciotat, dans le sud de la France. Elle est particulièrement intriguée par Antoine, un jeune homme taciturne et peu sociable. Antoine devient le « mouton noir » du groupe. Olivia est intriguée par le personnage et commence à chercher ses origines jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il se plonge dans l’idéologie d’extrême droite. Une relation d’attraction et de répulsion commence et conduit à une situation très inconfortable.

Visages, Villages – 2017 – Agnès Varda et JR – LA réalisatrice de la nouvelle vague Agnès Varda et le photo-graffeur JR parcourent la France à la rencontre de gens d’origine très diverse dont ils tirent le portrait qu’ils collent en format géant sur les murs. Nominé aux Oscars en 2018 dans la catégorie Meilleur Film Documentaire.

 

Et toujours… Girl de Lukas Dhont dont on vous a déjà parlé le mois dernier
Longue, fine, blonde et gracieuse, Lara est indéniablement une fille. Toutefois le titre nous vend la mèche : elle est née garçon.
“Girl” explore la nouvelle vie de Lara, incarnée avec une vraisemblance extraordinaire par Viktor Polster.
Lara vient d’être reçue à une prestigieuse école de ballet mais elle est aussi suivie médicalement pour transformer son corps en femme. Epaulée par un entourage bienveillant (un père très complice, une directrice de ballet encourageante, un corps médical respectueux…) Lara se jette littéralement à corps perdu dans la danse. Les images tournoient autour de sa silhouette frémissante… puis la retrouvent dans les vestiaires, les pieds en sang, sa morphologie masculine douloureusement dissimulée derrière des bandeaux de scotch. On pense à la Petite Sirène et à ses sacrifices.
Le film ignore les clichés habituels traitant le sujet. Chacun ici connaît Lara et son histoire. Le propos n’est pas là. Il montre plutôt le combat contre un corps obtus.
Non content d’être à ses yeux contrefait, son corps lui résiste aussi dans son désir d’accéder au statut de danseuse. Il faut tout dissimuler, boire le moins possible, perdre du poids, torturer ses pieds… Elle chemine tant bien que mal jusqu’à ce que ses deux objectifs deviennent obstacles l’un pour l’autre. Lara opte alors pour une solution radicale.
Le style d’une fluidité magique, à la manière des frères Dardenne, nous emmène d’un domicile à une école, puis deux, soulignant la facilité des protagonistes (belges) à passer d’une langue à l’autre sans y songer. Un trait de caractère que partage Lara et qui appuie le sujet.
Caméra d’Or à Cannes en 2018 et ayant raflé une poignée d’autres prix prestigieux, le film a suscité la polémique dans les milieux transgenres, accusé d’être un danger pour les jeunes gens sur la brèche d’une transition. Or l’auteur n’a cure d’expliquer aux curieux les aléas d’un problème de genre.
Bien au contraire, l’écho du film retentit et montre à quel point nous sommes tous confrontés à un corps qui nous résiste, nous déçoit, nous aliène, nous divise.

Merci Isabella Demeulenaere