Afin d’accompagner votre enfant bilingue alors que celui-ci est scolarisé dans le système américain, il faut trouver des stratégies au quotidien, et pour ce faire, l’impact de l’environnement familial est essentiel.

Le français, pour être maintenu à un bon niveau, ne doit pas seulement être une activité extra-scolaire pratiquée en dehors de la maison, en dehors de la famille et/ou en dehors de l’école. 

Au menu de cette réflexion basée sur mon expérience d’enseignante et de mère de famille, je vous propose 4 stratégies, 2 situations très courantes et 3 questions fréquentes. 

Je vais essayer de vous donner quelques conseils, le plus simplement possible. Bien sûr, il existe d’autres idées, d’autres théories qui proposent d’autres solutions ; vous trouverez toujours quelqu’un qui vous dira qu’il a fait autrement et que cela a été magique. Tant mieux.

Mon unique objectif est de vous présenter ici quelques suggestions qui ont fait leurs preuves pour beaucoup de familles avant nous. 

Enfin, et surtout, ce n’est pas seulement la règle ou la stratégie que vous allez choisir qui importe ; c’est le fait de tenir cette stratégie sur le long terme, au quotidien qui aura surtout un impact sur le fait d’avoir un enfant bilingue. 

Quatre stratégies pour que la famille joue ce rôle primordial dans les apprentissages linguistiques ; en particulier pour les familles mixtes où par exemple le papa parle français et la maman anglais et pour qui la problématique du maintien de la langue française est encore plus difficile. 

  • 1 parent = 1 langue. Cette stratégie, autrement connue sous le nom de OPOL (one parent one language) signifie que chaque parent parle une langue à son enfant, sa propre langue maternelle (si les deux parents sont francophones, les deux parents parlent français ; si un parent est de langue maternelle espagnole et l’autre de langue maternelle française, chacun parle sa langue). Au début, les enfants peuvent avoir tendance à mélanger les différentes langues en communiquant. Mais si le processus est maintenu sur une longue période au quotidien, il est sans doute évident que l’enfant deviendra bilingue. Pour que la méthode OPOL soit un succès, il doit y avoir cohérence. Chaque personne doit s’en tenir à sa langue pour parler à son enfant et ne jamais passer à une autre. Pour la langue parlée localement (ici l’anglais), ce n’est pas un problème. En revanche, le parent qui parle l’autre langue (dans ce cas, le français) devra redoubler d’efforts pour donner plus de visibilité à sa langue. Cette règle est valable même si les deux parents ont la même langue maternelle (dans notre cas le français) car cette langue est tout de même la langue minoritaire pour l’enfant qui est scolarisé et/ou socialisé en dehors de la maison en anglais. Cette stratégie s’applique aux parents. Si votre enfant souhaite vous répondre dans une autre langue, vous ne pourrez pas le contraindre.

Les stratégies suivantes peuvent aider en revanche à le convaincre ou du moins l’amadouer, petit à petit à parler cette langue qu’il juge parfois “en trop”.

  • 1 activité – 1 langue. Cela consistera à ne parler que français pendant une activité choisie.
    Contrairement à la précédente, pour cette stratégie là, vous pouvez vous mettre d’accord avec votre enfant pour que lui aussi, ne parle qu’en français lors de cette activité. Cette stratégie peut permettre d’ajouter une partie motivation : on cuisine, jardine, peint, joue à la dinette, construit des cabanes…. en français.
    Il s’agit ainsi de Lier la pratique de la langue à quelque chose d’agréable, créer des rituels ludiques (cuisiner, peindre, jouer à la dinette, jouer au playmobil, le temps de l’histoire…) pour ne pas que la pratique de cette langue minoritaire ne soit associée qu’à une lutte, une bataille entre les parents et les enfants.
  • Augmenter le temps d’exposition à la langue de manière informelle : écouter des chansons quand on se brosse les dents, un podcast pendant que l’on range la chambre, une histoire dans la voiture pour aller au parc, autoriser un dessin animé en français à la fin des devoirs d’école… Voici quelques idées pour augmenter le temps pendant lequel l’enfant entend parler français. Vous trouverez d’autres idées ici.
  • Trouver d’autres vecteurs de la langue française. Pour que la motivation reste présente, il faut que l’enfant ait un intérêt à parler cette langue… et parler avec vous, le parent, ce n’est pas forcément suffisant à partir d’un certain âge. Il est donc important qu’ils comprennent que d’autres parlent cette langue, d’autres avec qui il a des affinités (parents, cousins, grand parents, amis, copains…)

Deux situations très courantes chez le jeune enfant bilingue – Rien d’inquiétant, c’est tout à fait normal et courant si 

  • Votre enfant fait des confusions entre les deux langues.
  • Il refuse d’utiliser la langue maternelle après avoir commencé l’école ou la crèche.
    La langue de socialisation (à l’école ou à la crèche…), l’anglais, est désormais pour lui associée à ses nouvelles amitiés, à son indépendance vis à vis de vous. De plus, cela peut également témoigner de son désir de ne pas vouloir paraître différent des autres. 

Trois questions récurrentes chez les parents d’enfants bilingues

  • Que puis-je faire lorsqu’il mélange les deux langues ?
    Si cela entrave la compréhension, je vous conseille de lui dire honnêtement que vous n’avez pas compris. En revanche, si vous comprenez ce qu’il veut vous dire, reformulez sa phrase en remplaçant les mots en français (exemple : où sont mes clitters ? Ah, tu veux savoir où sont tes crampons ? Je cherche mes shoes pour aller jouer outside. Ah tu cherches tes chaussures pour aller dehors ?).
    N’attendez pas de lui qu’il répète, mais vous constaterez que parfois il répétera de lui-même avec les mots en français. Il le fera lorsqu’il sera prêt à le faire.
  • Il refuse de parler français, que faire ?
    Continuez à lui parler en français. Même s’ il ne vous répond pas, il vous comprend et cela représente déjà une étape primordiale dans l’apprentissage d’une langue. Il parlera lorsqu’il en aura envie ou lorsqu’il sera obligé de le faire avec ses cousins, avec ses grand-parents, avec des amis francophones… Avec le temps, il acceptera petit à petit de laisser une place plus importante à cette langue et à cette culture. Surtout ne vous braquez pas, ne le braquez pas (plus facile à dire qu’à faire).
    L’acquisition du bilinguisme chez l’enfant se joue sur le long terme.
  • J’ai entendu dire qu’il aurait un trouble du langage étant donné qu’il est immergé dans plusieurs langues entre l’école/la crèche et la maison ?
    La mise en place du langage chez les enfants est surtout caractérisée par la grande variabilité individuelle qui peut exister entre chaque enfant ! Contrairement aux idées reçues, un enfant exposé à plusieurs langues commence à parler en moyenne au même âge qu’un enfant monolingue. Certes il est vrai qu’il connaîtra peut-être au début moins de vocabulaire dans chacune des langues qu’un enfant monolingue. Mais, la totalité des mots connus en cumulant les deux langues sera en moyenne égale à celle d’un enfant du même âge monolingue.
    Cela ne signifie pas qu’il ne peut pas y avoir bilinguisme et trouble du langage. Cela signifie seulement que ce n’est pas la cause du trouble du langage chez l’enfant.

Ainsi, il faut du temps, de la patience au quotidien voire de la ténacité pour élever des enfants bilingues. Il serait bien plus simple souvent de baisser les bras, de faire comme si on ne voyait pas les confusions de langue et la langue qui se perd peu à peu. Pourtant, lorsqu’ils seront adultes, ils vous remercieront pour cette chance  que vous leur avez donnée.

Si vous souhaitez approfondir cette question d’enfant bilingue, je vous conseille ce livre de Robin Pascoe “Raising a global nomad”. 

N’hésitez pas à consulter ma page Facebook et mon site internet pour suivre mes activités

Merci Emilie

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