Alice Diop, l’une des réalisatrices les plus importantes du cinéma français contemporain, que Le Monde a appelée en 2022 « le nouveau visage du cinéma français », sera à UC Berkeley à partir du 3 septembre pour une série de projections de ses films et plusieurs rencontres organisées notamment avec le département de français.
Six films de la réalisatrice, originaire de Seine-Saint-Denis, seront programmés au cinéma du campus, le BAMPFA (Berkeley Art Museum and Pacific Film Archive). Alice Diop sera présente pour des rencontres et Q&A avec des professeurs de Berkeley à l’issue de quatre projections, ouvertes au public de la Baie de San Francisco : Saint Omer (le 3 septembre), Nous (le 4 septembre), La Permanence (le 10 septembre) et La Mort de Danton/Vers la tendresse (le 13 septembre).
Deux autres films, Fragments for Venus et Les Sénégalaises et la Sénégauloise, seront également projetés gratuitement, mais sans la présence de la réalisatrice.
La cinéaste occupera la prestigieuse Avenali Chair in the Humanities à UC Berkeley et sera également « The Pajus Distinguished Visitor » du département de français. Lors d’un événement réservé à la communauté d’UC Berkeley, elle présentera également une lecture de poésie, Le Voyage de la Vénus Noire, un seul-en-scène qu’elle a présenté l’année dernière lors d’une tournée en Europe.
Le 8 septembre, le Center for Interdisciplinary Critical Inquiry at Berkeley organise une table ronde (ouvert au public) intitulée « Rencontres avec la question raciale dans le cinéma d’Alice Diop ». La cinéaste s’entretiendra avec les professeurs Farah Bakaari, Nadia Ellis, et Mario Telò autour des représentations de la race, de la diaspora noire, du genre, des archives et des héritages coloniaux dans ses films. De 17 h à 19 salle Maude Fife (315 Wheeler Hall).
Enfin, Alice Diop évoquera son prochain long métrage, un film de fiction basé sur L’Afrique Fantôme de Michel Leiris, un texte consacré à la mission anthropologique Dakar-Djibouti de 1931 à 1933, qui documente notamment l’acquisition, la réquisition et le prélèvement, souvent forcé, d’objets sacrés et d’œuvres d’art africains — une question qui reste particulièrement actuelle.
L’Afrique Fantôme est connu pour son hybridité, mêlant le récit des observations de Leiris au cours de la mission anthropologique à un journal intime qui interroge sa propre complicité avec le système colonial. Alice Diop aborde L’Afrique Fantôme de manière inédite, du point de vue de Malkam Ayyahou, figure au cœur de l’obsession amoureuse de Leiris. Ce faisant, Diop inverse le regard objectifiant porté par Leiris et redonne une présence et une voix à Ayyahou.
Le cinéma de Diop est connu pour ce type de déplacement du regard : ses films ne se contentent pas de dénoncer les oublis ou les injustices du cinéma dominant, mais placent au centre de l’imaginaire cinématographique francophone des histoires, des territoires et des populations longtemps considérés comme « marginaux », notamment ceux de la proche banlieue parisienne.
Ses films remettent ainsi en question l’imaginaire collectif qui a longtemps défini des territoires comme la Seine-Saint-Denis, en proposant des récits intimes, au plus près des réalités et des vies qui s’y déroulent. À travers huit documentaires et son premier film de fiction, Saint Omer (2022), elle a élaboré un cinéma d’une grande rigueur formelle et profondément engagé sur le plan éthique, attentif aux pressions croisées de l’exclusion raciale, économique, géographique et de genre.
Alice Diop se réjouit de rencontrer la communauté francophone de la Baie de San Francisco, une région qu’elle souhaitait découvrir depuis longtemps.
Maya Sidhu
Maya Sidhu enseigne au département de français de UC Berkeley en tant que chargée de cours depuis l’automne 2016. Elle est titulaire d’un doctorat en études françaises et francophones de Northwestern University. Ses travaux ont notamment été publiés dans Camera Obscura, French Screen Studies, aux Éditions de la Sorbonne ainsi que dans The Women Film Pioneers Project. Elle travaille actuellement à l’écriture d’un livre consacré à Alice Diop.

