Nous avons rencontré Alexandre Kominek à Paris cet été, au cœur du Marais, un quartier qu’il affectionne particulièrement. À quelques semaines de sa première tournée américaine avec French Talent USA, qui le mènera en Californie puis à New York, l’humoriste suisse s’apprête à rencontrer pour la première fois le public francophone des États-Unis.
Né à Genève en 1989, Alexandre Kominek découvre le stand-up en Suisse avant de s’installer progressivement à Paris à partir de 2016. Après des
études de droit abandonnées et un refus au Cours Florent, il fait ses armes dans les comedy clubs, avant de se faire connaître d’un public plus large, notamment grâce à ses chroniques sur France Inter. Avec son spectacle Bâtard sensible, sa carrière prend une nouvelle dimension : les salles se remplissent en France, en Suisse et en Belgique, jusqu’à trois Olympia complets début 2026.
La même année, il connaît un nouveau succès à l’écran avec Recalé, série Netflix créée par François Uzan dans laquelle il tient le rôle principal. À sa sortie, la série se classe numéro 1 sur Netflix en France et atteint la deuxième place mondiale des séries non anglophones.
Installé à Paris depuis plusieurs années, chroniqueur sur France Inter, acteur et désormais figure incontournable du stand-up francophone, Alexandre Kominek a construit son succès loin des trajectoires éclairs. Derrière les trois Olympia complets et les salles combles, il y a dix années de comedy clubs, de refus, de doutes et de travail acharné.
Et pour ceux qui connaissent déjà ses passages à la radio ou à la télévision, une chose se confirme dès les premières minutes de notre rencontre : ce rire tonitruant et immédiatement reconnaissable est bien le sien. Pas un rire de scène, donc !
Son spectacle Bâtard sensible, qui a affiché complet dans beaucoup de villes, bouscule autant qu’il fait rire. Sexe, masculinité, rapports de pouvoir, honte, vulnérabilité… Alexandre Kominek y raconte sans filtre des histoires très personnelles, avec une liberté de ton devenue rare.
« Les gens ont l’impression que ça a été un succès fulgurant. Pas du tout. Ça fait dix ans que je fulgure ! » lance-t-il justement dans un grand éclat de rire.
Le véritable déclic, paradoxalement, n’a pas été l’Olympia. « Le plus fou, ce n’est pas que l’Olympia soit complet. Le plus fou, c’est d’être complet à Bourg-lès-Valence, à Pau ou à Sausheim. Quand tu remplis des salles dans des villes où tu n’as jamais mis les pieds, là tu te dis : « Ah ouais, ça marche vraiment. » »
Pour autant, il n’a jamais cherché à construire le récit d’un artiste parti de rien. Il parle volontiers de ses débuts difficiles lorsqu’on l’interroge, mais refuse d’en faire un argument marketing. « Je n’ai pas spécialement envie de raconter ma vie. Mais c’est important de le partager, surtout avec les jeunes humoristes. Leur dire : tu peux y arriver. Si c’était facile, on serait encore plus nombreux. Il faut aussi dire que ça prend du temps. »
Ce rapport au temps se retrouve dans Bâtard sensible, un spectacle souvent présenté comme cru, provocateur, voire choquant. Pourtant, lorsqu’on lui demande ce qu’il cherchait en l’écrivant, sa réponse est beaucoup plus nuancée.
« Pour moi, c’était une manière de raconter les pensées les plus sales ou les expériences les plus trash que j’ai pu vivre. Parce que j’étais persuadé de ne pas être le seul. On dit souvent que je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas. En réalité, je dirais plutôt que je dis tout haut ce que les gens vivent… mais cachés. »
Chez Kominek, la frontière entre l’intime et la scène semble particulièrement ténue.
« Je n’ai pas vraiment de limite. Tant que je trouve ça drôle, j’y vais. Je ne me censure pas. Ce n’était pas un manifeste pour dire qu’on peut encore tout dire aujourd’hui. Mais je me suis rendu compte, en jouant le spectacle, que les gens étaient heureux de retrouver cet espace de liberté. »
Derrière l’image du provocateur se cache pourtant un spectacle bien plus subtil qu’il n’y paraît. Le titre Bâtard sensible résume parfaitement cette dualité.
« Beaucoup ne voient que le côté bâtard. Mais, en réalité, je me déconstruis pendant tout le spectacle. Je commence comme un mâle alpha, un conquérant, et en fait le dominant se fait dominer tout le long. Je me moque surtout de moi-même. Si on écoute vraiment le spectacle, il y a énormément de dénonciation en sous-texte. »
À ceux qui lui reprochent parfois de dépasser les limites, il répond avec philosophie.
« Aujourd’hui, quoi que tu fasses, quelqu’un trouvera une raison de te tomber dessus. Si tu es trop lisse, on te reproche d’être lisse. Si tu es trop piquant, tu es trop piquant. Moi, je fais le spectacle que j’ai envie de faire. » Car au fond, Alexandre Kominek refuse qu’on fasse de lui un humoriste à message. « Je suis là pour amuser les gens. Je suis un clown. Je ne suis pas sur scène pour expliquer aux gens comment ils doivent penser. Mon plus grand bonheur, c’est quand quelqu’un me dit : « Je n’ai jamais autant ri de ma vie. » C’était ça, l’objectif du spectacle depuis le premier jour. »
Après avoir conquis la France, la Suisse et la Belgique, l’humoriste s’apprête désormais à découvrir un nouveau public. Direction San Francisco, Menlo Park, Los Angeles, San Diego, puis New York pour une première tournée américaine organisée par French Talent USA.
« Je suis surtout hyper curieux. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Je connais le public parisien, celui de province, mais je ne sais pas ce que ça donne quand on est Français aux États-Unis. C’est ça qui m’excite. Et puis jouer dans des salles mythiques comme la Laugh Factory ou à New York… rien que d’y penser, je me dis que c’est complètement fou. »
Merci Alexandre Kominek !

