Installée à San Francisco depuis plus de vingt ans, Nolwenn Godard incarne une trajectoire rare à la croisée de la tech, des politiques publiques et de l’impact. Ancienne de PayPal et de Sofi, elle a été nommée par le gouverneur de Californie Gavin Newsom pour diriger l’Office of Data and Innovation, où elle a contribué au premier décret de l’État sur l’intelligence artificielle générative.
Aujourd’hui fondatrice de Carbon 2C, co-autrice de Sustainable by Design et engagée au sein de la Green Software Foundation, elle œuvre à rendre la technologie plus durable. Une ambition claire : concilier révolution technologique et impératifs climatiques.
MerciSF a eu l’occasion de rencontrer Nolwenn lors de la SF Climate Week, à l’issue du panel qu’elle animait au World Economic Forum, intitulé “The Hidden Cost of Intelligence: Building AI That Doesn’t Drain the Planet”. Un sujet à son image : à la croisée des enjeux technologiques et climatiques.
Une entrée dans la tech portée par l’engagement
Née d’une mère bretonne et d’un père normand, Nolwenn Godard grandit à Chartres avant d’intégrer l’ESSEC à Paris. Après ses études, elle choisit un chemin atypique : près de deux ans au Liban, engagée dans le secteur associatif et le développement international.
« J’ai toujours eu cette fibre caritative », confie-t-elle. Une sensibilité nourrie dès l’enfance : son père, chercheur au CNRS en économie de l’environnement, l’a très tôt exposée aux enjeux climatiques.
De retour en France, elle rejoint Ubisoft. D’abord en finance, elle évolue rapidement vers l’IT, où elle pilote des projets d’implémentation d’ERP en Europe. Une opportunité la conduit ensuite à San Francisco. Elle tombe immédiatement sous le charme de la ville et décide d’y construire sa vie.
Chez PayPal, la découverte de la “Tech for Good”
Pour rester aux États-Unis, elle rejoint PayPal, où elle négocie dès le départ sa carte verte. Elle y restera plusieurs années, occupant des fonctions internationales, notamment sur les marchés émergents.
Chez PayPal, elle découvre ce qui deviendra le fil rouge de sa carrière : la “Tech for Good”.
« On permettait à des petites entreprises d’accéder aux paiements en ligne, ce qui leur était impossible auparavant », explique-t-elle. À travers ce travail, elle contribue à une forme de démocratisation économique, notamment en Amérique latine et au Moyen-Orient, en lien avec des gouvernements.
Une première conviction s’ancre : la technologie peut être un levier massif d’impact.
Du privé au public : changer d’échelle
Mais pour Nolwenn Godard, l’impact doit aller encore plus loin.
Elle réalise que si la tech permet de déployer des solutions à grande échelle, les politiques publiques offrent un levier encore plus puissant : une décision gouvernementale peut affecter des millions de personnes.
Après avoir été repérée lors d’un événement à l’Université de Berkeley, elle rejoint l’administration californienne. Elle est nommée à la tête de l’Office of Data and Innovation par le gouverneur Gavin Newsom.
Au cœur de l’État : data, climat et intelligence artificielle
À la tête d’une équipe d’une soixantaine d’experts — data scientists, ingénieurs, chefs de produits, designers — elle travaille sur des projets mêlant technologie et politiques publiques.
Parmi les initiatives marquantes : le développement de modèles capables d’anticiper les pénuries d’eau en Californie, afin de permettre aux communautés de s’organiser face aux sécheresses.
Elle est également aux premières loges de l’essor de l’intelligence artificielle générative et participe à la mise en place d’un cadre d’usage responsable au sein de l’administration.
Le déclic : climat et IA, un même combat
Le tournant décisif se joue à la croisée de ces expériences et d’événements très concrets.
Incendies, ciel orange au-dessus de San Francisco, inondations… « Là, je me suis dit : le changement climatique n’est pas dans 100 ans, c’est maintenant. »
Elle comprend alors que les deux grands défis à venir sont indissociables : le climat et l’intelligence artificielle.
Carbon 2C : rendre la tech plus sobre et plus intelligente
Avec sa startup Carbon 2C, Nolwenn Godard veut passer à l’action.
Son constat est clair : aux États-Unis, la prise de conscience des enjeux climatiques dans la tech reste encore limitée.
La vision: intervenir à deux niveaux : d’une part la sensibilisation et la formation, auprès des entreprises comme des futurs ingénieurs dans les universités ; d’autre part l’accompagnement opérationnel, en conseillant notamment les CTOs sur l’adoption de pratiques conciliant performance économique et réduction de l’impact environnemental.
Oeuvrer concrètement à optimiser leurs systèmes : choix de modèles d’IA plus adaptés, meilleure gestion des workloads, dimensionnement plus précis des infrastructures.
« Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises surdimensionnent leurs systèmes, ce qui entraîne une surconsommation énergétique inutile », souligne-t-elle.
Son approche repose sur une idée simple : réduire l’empreinte carbone permet aussi de réduire les coûts.
IA et climat : une équation encore incertaine
Pour Nolwenn Godard, l’IA est à la fois une solution et un problème.
D’un côté, elle permet des avancées majeures — modélisation climatique, recherche scientifique, optimisation énergétique.
De l’autre, son impact environnemental est déjà considérable. La course effrénée à l’IA s’accompagne d’une consommation massive d’énergie, d’eau et de ressources naturelles liées aux data centers.
« On est face à une équation coût-bénéfice encore très incertaine », analyse-t-elle.
Agir plutôt que débattre
Face à ces enjeux, elle appelle à une mobilisation collective : régulations plus fortes, pression accrue du public et prise de conscience des entreprises. Pour elle, l’enjeu dépasse la responsabilité environnementale : il s’agit de la pérennité même des modèles économiques.
Optimisme ou pessimisme ? La question ne l’intéresse pas.
« L’optimisme comme le pessimisme peuvent mener à l’inaction », tranche-t-elle.
Sa philosophie est ailleurs : agir. « Ce qui compte, c’est de faire ce qu’on doit faire. »
Un engagement communautaire fort
Très investie dans la communauté franco-américaine, Nolwenn Godard s’engage depuis de nombreuses années pour faire vivre les liens entre la France et la Bay Area, notamment en tant que membre du board de l’association EFBA.
Naturalisée américaine, elle reste profondément attachée à ses racines et aux valeurs républicaines françaises — liberté, égalité, fraternité — qu’elle continue de porter. Elle est d’ailleurs candidate aux prochaines élections consulaires, avec la volonté de défendre ces engagements au service de la communauté.
À San Francisco, Nolwenn cultive aussi un art de vivre entre deux cultures : nage quotidienne dans la baie, balades à Land’s End qui lui rappellent la Bretagne, visites aux farmers markets le weekend, ou encore sorties culturelles pour nourrir sa curiosité intellectuelle.
Un parcours guidé par l’impact
De la Silicon Valley aux institutions publiques, Nolwenn Godard a construit un parcours guidé par une même conviction : utiliser la technologie comme levier d’intérêt général.
Son ambition : contribuer, à son échelle, à rendre la transition climatique et technologique plus responsable, plus humaine — et durable.

