Dans le cadre du mois de la Francophonie, nous avons l’honneur de réaliser une interview de Pascal Molat, directeur adjoint du programme pré-professionnel de SF Ballet School et une figure emblématique du monde de la danse. De l’Opéra de Paris à la San Francisco Ballet School, son parcours témoigne d’une quête incessante d’excellence et de diversité artistique. À l’occasion de la Nuit des Idées, événement culturel phare célébré à travers le monde, Pascal Molat dirigera à San Francisco une barre géante, ouverte au public et rassemblant passionnés et amateurs autour de la beauté universelle de la danse. Plongeons ensemble dans son univers, où tradition française et modernité américaine s’entrelacent pour façonner l’avenir de la danse classique.
MerciSF – Votre parcours vous a mené de l’Opéra de Paris au San Francisco Ballet, et maintenant à la tête du programme pré-professionnel de la San Francisco Ballet School, racontez nous les étapes principales de votre parcours
Pascal Molat- Mon parcours débute à Montpellier, à EPSE Danse, sous la direction d’Anne-Marie Porras. C’est elle qui me propulse sur scène après m’avoir vu esquisser la chorégraphie de Thriller et expérimenter le breakdance. Cette première expérience scénique est un véritable déclic pour moi. Quelques mois plus tard, sous l’impulsion de ma mère, je passe l’audition pour intégrer l’École de danse de l’Opéra de Paris, où je ferai toute ma formation.
Après mes années à l’Opéra de Paris, une blessure m’oblige à faire une pause. Je retourne alors à Montpellier pour travailler sous la houlette de Rudy Bryans, retrouver mes acquis et me préparer à mon premier contrat professionnel. C’est ainsi que je rejoins le Ballet Royal de Wallonie, où je deviens soliste dès ma première année. L’année suivante, je rejoins le Royal Ballet des Flandres sous la direction de Robert Denvers, où je reste quatre ans et suis promu premier soliste.
Lors de ma quatrième année à Anvers, Jean-Christophe Maillot, directeur et chorégraphe des Ballets de Monte-Carlo, assiste à l’une de nos représentations et décide de m’inviter au festival des Nuits de la Danse à Monaco pour interpréter le rôle-titre de Roméo et Juliette. Cette expérience marque un tournant : séduit par cette nouvelle aventure, je décide de rester en Principauté en tant que danseur principal pendant quatre ans. Après avoir enrichi mon répertoire classique à Anvers, je me plonge dans le contemporain à Monte-Carlo.
Dès lors, mon ambition est de conjuguer danse classique et contemporaine au sein d’une même compagnie. Mon choix se porte sur le San Francisco Ballet d’Helgi Tomasson, dont le répertoire unique et versatile m’attire particulièrement. Après une audition réussie, j’y entame une carrière qui durera quatorze ans en tant que danseur principal, jusqu’à ma retraite en 2016.
À cette période, l’École du San Francisco Ballet est dirigée par Patrick Armand, qui m’invite d’abord à enseigner lors du stage d’été, avant de m’offrir un poste au sein de l’équipe pédagogique. Après une année d’enseignement, il me nomme assistant du programme pré-professionnel (Trainee Program) dont il a la charge, avant que je ne devienne directeur adjoint de ce programme.
MerciSF – Le 15 Mars 2025, vous avez participé au 25 ans de la French American Cultural Society ici à San Francisco. Comment maintenez-vous par ailleurs votre lien avec la France, notamment en tant que Français à la tête du programme pré-professionnel d’une école américaine ?
Pascal Molat- Fort de mon parcours d’élève à l’École de danse de l’Opéra de Paris et de mes neuf années passées entre la Belgique et Monaco, j’ai eu l’opportunité de travailler avec de nombreux danseurs, chorégraphes et directeurs français / francophone (Claude Bessy, Robert Denvers, Jean-Christophe Maillot, Maurice Béjart, Rudy Bryans …) et je maintiens ces relations malgré la distance. En tant que responsable du Trainee Program, l’une de mes missions essentielles est d’identifier de jeunes danseurs prometteurs lors de prestigieuses compétitions telles que le Youth America Grand Prix ou le Prix de Lausanne, afin de les inviter à rejoindre notre école. À travers ces événements, j’ai également l’occasion de collaborer avec plusieurs directeurs d’écoles françaises qui y présentent leurs élèves.
Je profite également de mon temps personnel chaque été en France pour créer de nouveaux liens. Cet été, par exemple, je donnerai des cours à la Rosella Hightower School sous la direction de Paola Cantalupo et ferai partie du jury des examens de l’École de danse de l’Opéra de Paris, à l’invitation d’Élisabeth Platel.
MerciSF – En quoi votre formation en France a-t-elle façonné votre approche de l’enseignement ?
Pascal Molat- Ayant été formé à l’École de danse de l’Opéra de Paris, le curriculum français est profondément ancré en moi et influence de manière significative la structure de mes cours. Mes exercices s’inscrivent naturellement dans cette tradition, avec un style résolument français. Cet héritage, que l’on appelle ici la French Touch, fait partie intégrante de mon enseignement. Toutefois, il est également enrichi par la diversité des expériences que j’ai accumulées tout au long de ma carrière, aux côtés de directeurs, chorégraphes et danseurs venus d’horizons variés.
L’influence française dans le monde du ballet est indéniable, puisque toute la terminologie des pas de danse est en français. Je suis d’ailleurs un ardent défenseur de cet héritage, d’autant plus que, malgré mes 23 années passées à San Francisco, mon accent français reste plus que reconnaissable !!

Le programme pré-professionnel du SFB est une passerelle vers le monde professionnel. À l’école, nous développons les qualités de nos élèves afin qu’ils soient prêts à relever les défis et challenges qui jalonneront leur parcours professionnel. Et ces défis sont nombreux.
Il y a encore cinquante ans, il était possible de faire toute une carrière en ne dansant que du classique. Ce temps est révolu. Aujourd’hui, la polyvalence est indispensable pour espérer percer dans le monde du ballet. L’enseignement que j’ai reçu à l’École de danse de l’Opéra de Paris suivait déjà cette approche, intégrant des cours de danse contemporaine, de danse de caractère, de folklore et de mime, en complément du cursus classique.
Notre mission est donc de leur fournir tous les outils nécessaires pour exceller, tant physiquement que mentalement. Nous les aidons à développer leur pensée critique et leur propre voie artistique, afin qu’ils puissent s’épanouir pleinement dans leur carrière et devenir des interprètes en puissance.
MerciSF –Vous avez incarné de nombreux rôles de composition. Comment transmettez-vous aux élèves l’importance de l’interprétation et de l’expression artistique, au-delà de la technique pure ?
Pascal Molat- L’interprétation et l’expression artistique sont au cœur de notre art, mais pour les atteindre pleinement, il faut d’abord se libérer de la contrainte technique. La technique est le premier outil à maîtriser : elle permet d’acquérir la liberté nécessaire pour donner vie à l’interprétation.
L’artistique se révèle à travers la musicalité et le phrasé ainsi que leur propre personnalité et histoire. Je rappelle souvent à mes élèves que 50 % de leur danse, c’est la musique. Donc une écoute totale est impérative afin de jouer avec la musique et d’ affiner leur interprétation. Apprendre à écouter la musique, à comprendre ses nuances, son phrasé, et à s’en imprégner. C’est ce qui donnera de la profondeur et de l’authenticité à leur interprétation.
J’aime leur faire comprendre que le rythme dans l’action théâtrale à travers le mouvement ainsi que les intonations et les intentions sont essentiels car ils donnent vie à des textures différentes et des nuances dans leur mouvement permettant de raconter une histoire tel un acteur le ferait.
Développer leur créativité et imagination est fondamental pour qu’ils puissent assumer pleinement leurs choix artistiques et, ainsi, être en totale confiance une fois sur scène pour délivrer leur meilleur et toucher les spectateurs.
MerciSF –En tant que directeur adjoint, comment collaborez-vous avec l’équipe pédagogique pour insuffler “l’esprit” du San Francisco Ballet tout en valorisant la diversité des influences culturelles ?
Pascal Molat- En tant que directeur adjoint, ma mission est de concilier excellence et tradition au sein d’une compagnie profondément ancrée dans l’histoire. En tant que plus ancienne compagnie américaine, tout en étant résolument tournée vers l’avenir, le San Francisco Ballet incarne cet équilibre. De même, la San Francisco Ballet School embrasse la richesse des influences culturelles qui façonnent la danse contemporaine.
Au sein de l’école, nous avons des professeurs issus des traditions française, russe et américaine. Cette diversité de styles apporte une richesse à nos élèves. Je collabore étroitement avec l’équipe pédagogique pour garantir une formation rigoureuse, ancrée dans l’héritage du ballet classique, mais ouverte aux évolutions contemporaines. Cela passe par une approche pédagogique qui encourage la polyvalence, en intégrant des styles et des méthodes issus de différentes écoles et traditions chorégraphiques.
Travailler avec des professeurs et chorégraphes de divers horizons enrichit cette dynamique et permet aux danseurs en formation de développer une identité artistique unique, en harmonie avec la vision du San Francisco Ballet.

SF Ballet School Director Grace Holmes and Associate Director Pascal Molat with San Francisco Ballet School Trainees // © San Francisco Ballet, Lindsey Rallo
MerciSF – Le monde de la danse évolue constamment. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes danseurs pour se préparer à une carrière qui allie excellence technique et adaptabilité artistique ?
Pascal Molat- Le ballet d’aujourd’hui s’inspire de multiples formes artistiques, il faut savoir rester curieux, aller voir des spectacles variés ; s’intéresser à l’art sous toutes ses formes est primordial (peinture, cinéma, photographie, littérature…). Car cela enrichira leur sensibilité artistique et nourrira leur danse. La technique de la danse classique pousse le corps à son paroxysme et il est important de savoir écouter son corps, accorder de l’importance à la récupération, à la nutrition et à la prévention des blessures. Travailler également la résilience mentale est très important car une carrière de danseur est faite de hauts et de bas.
MerciSF – La transition entre danseur étoile et professeur peut être un défi. Quel aspect de l’enseignement vous apporte le plus de satisfaction aujourd’hui ?
Pascal Molat- La transition de danseur étoile à professeur est un véritable voyage, avec ses défis mais aussi ses récompenses inestimables. Ce qui me procure le plus de satisfaction aujourd’hui, c’est de voir l’évolution des élèves, tant sur le plan technique qu’artistique.
Transmettre mon expérience, aider les danseurs à affiner leur propre langage corporel et les voir gagner en confiance sur scène est une source de grande fierté. J’aime particulièrement ce moment où un élève dépasse un obstacle, qu’il soit physique ou mental, et réalise qu’il est capable de bien plus qu’il ne l’imaginait. J’aime leur rappeler de ne jamais se fixer de limites, car la puissance de la pensée positive et de la visualisation est leur plus grand atout. L’enseignement est vraiment le plus beau métier du monde et me permet aussi d’avoir un impact plus large sur la nouvelle génération, en les préparant aux exigences du métier tout en nourrissant leur créativité.
MerciSF – Si vous deviez choisir une seule pièce ou un rôle qui symbolise votre parcours de danseur et votre héritage artistique, lequel serait-il et pourquoi ?
Pascal Molat-Il m’est difficile de choisir un seul ballet symbolisant ma carrière, ayant eu le privilège de danser plus de 150 œuvres à travers différentes compagnies. Chacune d’elles m’a apporté quelque chose d’unique, nourrissant à la fois mon évolution artistique et ma maîtrise technique, avec leurs défis respectifs.
Cela dit, le rôle de Mercutio occupe une place particulière dans mon cœur. J’ai eu l’opportunité de l’interpréter dans quatre versions différentes, au sein de quatre compagnies distinctes (Ballet royal de Wallonie, Ballet Royal des Flandres, Les Ballets de Monte-Carlo, San Francisco Ballet) et il reste l’un de mes rôles favoris. Son caractère tragi-comique, son éventail d’émotions contrastées, ainsi que l’alliance subtile entre légèreté d’action et profondeur d’âme en font un rôle aussi exigeant qu’enrichissant à incarner sur scène.
Je pourrais longuement évoquer les ballets que j’ai dansés ou créés aux côtés de chorégraphes contemporains de renom tels que Jiri Kylian, William Forsythe, Yuri Possokhov, Sir Wayne McGregor, Hans Van Manen ou encore Alexei Ratmansky parmi tant d autres. Chacun d’eux m’a offert des défis uniques et des spécificités artistiques enrichissantes. Il m’est donc difficile d’en départager un en particulier, tant ces collaborations ont contribué à façonner mon parcours et ma vision de la danse.
Merci Pascal Molat !
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Les prochains événements de la San Francisco Ballet School
Ne manquez pas le San Francisco Ballet School Spring Festival : cette année, les élèves de la San Francisco Ballet School monteront sur la scène du War Memorial Opera House pour le festival annuel de printemps de la San Francisco Ballet School. Ce sera non seulement la première fois que bon nombre de ces jeunes danseurs talentueux se produiront sur cette scène, mais aussi la première fois que le San Francisco Ballet Orchestra, lauréat d’un Grammy Award, jouera au Spring Festival aux côtés des étudiants. Un dîner de gala de levée de fonds suivra la matinée tardive du 10 mai. Les recettes de cet événement permettront de soutenir les 1,5 million de dollars en bourses et aides financières que l’école distribue chaque année aux étudiants méritants, ainsi que les programmes d’éducation et de sensibilisation du SF Ballet qui touchent plus de 40 000 enfants, familles et membres de la communauté à travers San Francisco chaque année.
Dates : Vendredi 9 mai 2025 à 19h & Samedi 10 mai 2025 à 16h
Adresse : War Memorial Opera House – San Francisco
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