(Article mis à jour le 27 mai 2021) Ce documentaire est disponible sur Amazon Prime Video. Interview avec Frédéric Tcheng, le réalisateur du film Halston.
Halston ne fut pas seulement le personnage le plus influent de la mode Américaine des années 80, il participa aussi à définir l’Age d’or de la culture hédoniste de l’époque avec Warhol, Liza Minnelli, le Studio 54…
Ce film est un voyage fascinant au coeur du mythe Halston : son ascension, sa déchéance, grâce à ses propres archives, les diverses interviews de son entourage, et des membres de Proctor & Gamble qui l’ont détruit.
Interview de Frédéric Tcheng, le réalisateur français de ce documentaire, au Fairmont Hotel, San Francisco.
J’ai beaucoup aimé votre documentaire sur Dior quand Raf Simons était aux manettes. On y voyait toute la souffrance du créateur prêt à livrer sa collection à la ville. Il en était presque malade.
Dans votre film sur Halston, c’est l’inverse… décontraction, confiance en soi, talent facilement acquis et délivré. Cela vous semble-t-il être le produit d’une anthropologie culturelle ou justement de l’anti-culture US ?

Halston by Andy Warhol
Oui, comparé Raf Simons qui n’hésite pas à montrer le travail accompli derrière une collection, Halston s’était construit une image très contrôlée où la décontraction et le talent naturel s’imposaient. C’est aussi ce qu’il voulait projeter de ses vêtements : des silhouettes fluides, faciles à porter, qui magnifiaient le corps des femmes.
La culture américaine, plus relax, a sans doute joué un role aussi. Il n’y a pas de tradition dans la mode comme en France, et d’ailleurs, Halston ne voulait pas créer des pièces de musée, il voulait une mode portable et accessible à tout le monde.
Trop de gens le perçoivent encore comme un “styliste” selon la definition américaine, mais il était un créateur extraordinaire.
Il voulait démocratiser la mode et toucher un public très large avec des patrons, en réalité très complexes, qui se déploient comme des origamis.
Et il a habillé à la fois Jacklyn Kennedy et Nancy Reagan.
Halston a tout fait le premier : vêtements minimalistes, mannequins de couleurs et de tailles variables, défilés dans des endroits inhabituels, bouteille de parfum sculptée. Il a démocratisé sa marque en la transférant à une enseigne bon marché, et jusqu’à vendre son noms et ses sociétés, comme le feraient aujourd’hui les venture capitalists. Etait-il trop avant-gardiste ?
Il était totalement avant-gardiste. Sa manière de couper en biais d’un seul tenant, avec une seule couture pour faire une robe, est stupéfiante. Il a travaillé toute sa vie avec des mannequins de couleurs. Il s’est approprié le défilé de Versailles avec à la clef, le premier succès de la mode américaine. Et même son nom, qu’il a vendu avant tout le monde et qui a fini par le perdre, fut son opportunité aussi.
Pourquoi a-t-il été si vite oublié ? Est-ce le manque d’intérêt des US pour la mode ? La contre-culture ?
Il n’avait pas un Pierre Bergé comme Saint Laurent qui conservait tout. Aux USA, pas d’institution tel que le Musée de la Mode non plus. Son oeuvre a été aussi volontairement détruite (dons de vêtements, cassettes effacées…) pour manifester l’autorité nouvelle sur sa société. Carl Epstein pensait que l’essentiel était de conserver les patrons. Il ne voyait pas de valeur ajoutée aux vêtements.
Pourquoi la mode ? Que dit-elle ?
C’est un peu par hasard que je me suis retrouvé le monde de la mode, mais c’était l’occasion d’explorer les relations complexes entre créateurs et hommes d’affaires, et l’énergie américaine.
Vous n’aimez pas différencier le documentaire de la fiction ? Vous avez ajouté un personnage d’archiviste joué par une actrice…
Haston a eu une vie très romanesque, très construite aussi, un peu à la Citizen Kane. Il y a eu un vrai mythe américain, une ascension, une déchéance. Le personnage de Tavi Gevinson est là pour découvrir l’homme derrière les lunettes noires.
Vous faites vous même le montage. La vraie différence est-elle davantage entre la réalité et les images ? Quelle est pour vous la relation entre celles-ci
Les images ont été créées pour fabriquer un mythe, mais elles ne collent pas forcement à la réalité. Ce qui m’intéresse c’est le double sens des images. Dans une image, on peut percevoir des choses très différentes, même contradictoires. J’y cherche l’ambivalence.
Tavi est là pour construire une histoire (fictionelle?) avec des images sans en être esclave.
D’autres sources d’inspiration? Un projet sur David Bowie?
Oui, plutôt une fiction… mais avec beaucoup de recherche en amont. C’est la liberté, la fiction…
Profitez-en pour aller voir la rétrospective Andy Warhol au SFMOMA, vous resterez dans l’ambiance.
Merci Isabella Demeulenaere

