L’exposition sur Paul Gauguin » A spiritual journey » se poursuit au De Young Museum dans le Golden Gate Park.
Elle résulte d’une extraordinaire opportunité de collaboration entre Line Clausen Pedersen, curatrice du Musée Ny Carlsberg Glyptotek, à Copenhagen, et Christina Hellmich, en charge des collections d’arts africain, américain et océanien du Musée de Young de San Francisco. Combinant la réalité brutale des obligations familiales du peintre en Europe à celle ensorcelante d’un séjour prolongé sur une île du Pacifique, le musée nous propose une vision très personnelle et méconnue du peintre, qui pourrait aussi bien s’intituler « An economic journey ».
Agent de change à Paris, où il épouse une Danoise dont il aura 5 enfants, Gauguin rencontre les peintres déjà connus à l’époque que sont Cézanne, Pissaro, Degas… et décide de changer de vocation.
L’exposition comporte plusieurs tableaux impressionnistes qui semblent plutôt émaner des maîtres de l’époque.
Il rencontre Van Gogh en Arles puis emménage en Bretagne, et vend, pour subsister, des tableaux de sa collection personnelle, tout en poursuivant son activité d’artiste. Le succès tarde à venir mais, ne parvenant plus à supporter la grisaille et la bourgeoisie européenne, Gauguin décide de quitter le continent.
Contre toute attente, son épouse accepte sa décision car elle reconnait sa passion pour l’art. Gauguin s’installe donc à Tahiti et se lance à nouveau frénétiquement dans la peinture. Son style se libère des conventions européennes et il perfectionne ses aplats de couleurs, sa prise de possession de la matière et du sujet.
Néanmoins, ses obligations familiales le taraudent et il ne cessera jamais de travailler non seulement à être reconnu en tant qu’artiste, mais également à subvenir aux besoins de sa famille. Certains de ses tableaux en sont des rappels impérieux.
Amer, Gauguin est estimé pour son talent mais ne vend rien.
Très adroit de ses mains, il confectionne aussi de multiples objets, plus utiles, plus commerciaux, inspirés par l’art océanique qui l’entoure. Cette décision lui permet de subsister et lors de ses retours sur le continent, il tente alors de faire découvrir au monde occidental la pureté culturelle et les trésors du Pacifique.
Ses objets sont exposés notamment à l´Exposition Universelle. La bataille écono-mique se poursuivra jusqu’à la fin de sa vie.
Les derniers tableaux de l’exposition témoignent encore des vélléités (talentueuses) de copies de ses amis peintres, ceux qui se vendent mieux que lui. Loin de la vision romantique que l’on imagine sur une île paradisiaque, la biographie de Gauguin nous informe sur sa peinture autant que son oeuvre nous livre les clefs de sa personnalité.
Il meurt avant d’avoir pu réaliser son rêve, laissant de nombreux héritiers et une oeuvre envoûtante de sensualité.
Adresse – De Young Museum – 50 Hagiwara Tea Garden Dr, San Francisco
Horaires – du mardi au dimanche de 9h30 à 17h15
Merci Isabella Demeulenaere

