Avant ses deux dates californiennes — le 31 octobre au SOUND à Los Angeles et le 1er novembre à Audio San Francisco —, nous avons échangé avec Bob Sinclar, icône mondiale de la French Touch. Entre réinvention, transmission et groove sans drogue, il nous parle sans détour de la scène actuelle, de sa soirée à la Main Jaune, et de son envie de faire danser, vraiment.

MerciSF : Tu as récemment rejoué à la Main Jaune à Paris, un lieu culte des années 80. Comment s’est passée cette soirée ?


Bob Sinclar : C’était incroyable. La Main Jaune, c’est là où j’allais quand j’avais 15–16 ans. Les murs transpiraient encore la funk ! On m’a proposé une “demolition party”, avant que l’endroit soit entièrement refait. J’ai décidé d’y jouer ce que je recycle depuis des années : les sons qui m’ont inspiré, remis au goût du jour. Les gens ne s’y attendaient pas. Il y avait toute une charge de nostalgie, une claque d’énergie. J’ai retrouvé cette excitation qu’on perd parfois dans une scène trop formatée.

MerciSF : Justement, tu parles souvent de cette idée de formatage de la musique actuelle. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Bob Sinclar : Aujourd’hui, tout le monde peut devenir DJ. Ce que les jeunes recherchent, ce n’est plus la musique, c’est l’attention : le buzz, la visibilité, les followers. Ça finit par formater tout le monde. Il n’y a plus cette créativité brute. Quand tu suis une tendance, t’es toujours le dernier. Moi, j’ai besoin d’inspiration, de sons nouveaux, de couleurs différentes. Depuis dix ans, j’ai l’impression que la musique s’est un peu éteinte. Alors je recycle, je revisite. C’est ma manière de rallumer la flamme.

MerciSF : Ton dernier single “Drama on the Dance Floor” semble pourtant très joyeux. Tu trouves encore du plaisir à créer ?
Bob Sinclar : Bien sûr ! Mais je parle des racines. Les musiques qui m’ont formé — le disco, le rap, la house, le funk — sont toutes nées d’un chaos, d’une douleur, d’une envie de liberté. Aujourd’hui, tout est plus lisse. Alors ma mission, c’est de remettre dans mes sets cette énergie du passé, cette fraîcheur, cette transgression joyeuse.

MerciSF : Tu as dit une phrase forte : “We lost the dance.” Qu’est-ce que tu veux dire ?
Bob Sinclar : On a perdu la danse, littéralement. Les gens sont là avec leurs téléphones, ils filment au lieu de vivre. Si les gens s’ennuient, ils filment. Le DJ n’est pas là pour être regardé, mais pour faire danser. Mixer, c’est une conversation d’énergie. Tu envoies quelque chose, le public te le renvoie. C’est une montée, presque un orgasme auditif. On doit retrouver ça.

MerciSF : Tu es très présent sur les réseaux sociaux, souvent avec humour. C’est compatible avec ton envie de “retrouver la danse” ?
Bob Sinclar : C’est paradoxal, oui. Les réseaux me permettent de propager ma musique, mais j’y joue un personnage. Comme un acteur. Les gens confondent souvent le personnage et la personne. Moi, j’utilise mon humour, ma culture, mon autodérision — un peu à la Belmondo — pour faire passer des choses. Mais sur scène, je veux que les téléphones s’éteignent et que la musique parle.

MerciSF : Tu as inspiré plusieurs générations de DJ. Aujourd’hui, qu’est-ce qui t’inspire ?
Bob Sinclar : Mes enfants. Ma fille Paloma, qui a 18 ans, commence à mixer.  Elle veut recycler les vieux sons, comme moi à ses débuts. Elle a grandi avec ma musique, elle a une oreille incroyable. C’est elle qui me pousse à repenser la musique. Sinon, j’écoute encore Luciano, le seul DJ que j’irais voir aujourd’hui, parce qu’il a une vraie culture musicale.

MerciSF : Tu cites souvent San Francisco comme ville clé dans la culture disco et house. Pourquoi ?
Bob Sinclar : Parce que la scène disco a survécu ici grâce à la communauté gay. Quand le “Disco Demolition Day” à Chicago a voulu tuer le disco en 1979, c’est San Francisco, New York et Chicago qui l’ont fait renaître avec la “high energy” et la house. C’est une ville essentielle dans l’histoire de la musique de danse. Et le club Audio à SF, c’est la Rolls : un son parfait, une vraie vibe.

MerciSF : Tu vis à 100 à l’heure, toujours en tournée. Comment tu tiens ce rythme ?
Bob Sinclar : Je n’ai jamais bu, jamais fumé, jamais pris de drogue. C’est vrai. Pour durer, il faut vivre comme un sportif de haut niveau : discipline, sport, équilibre alimentaire. Le secret, c’est la régularité. Et la passion. Parce que mixer, c’est un sport aussi !

MerciSF : Tu parles parfois de “natural high”. Tu le ressens en jouant ?
Bob Sinclar : Tout à fait. Quand tu tiens le public avec ton énergie musicale, c’est une montée d’adrénaline pure. Pas besoin de substances. Juste la musique, le son, les gens. C’est un état de grâce.

MerciSF : Un mot pour le public californien ?
Bob Sinclar : Oui : dansez ! Oubliez vos téléphones, laissez-vous aller. Venez pour ressentir, pas pour filmer. Et surtout… “We lost the dance”, alors retrouvons-la ensemble !

Date: Samedi 1er novembre – Halloween Weekend
Address: Audio SF, 316 11th Street, San Francisco, CA 94103
Tickets: cliquez ici

 

 

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