Le 2 mai 2025 à la Résidence de France, Roland Lescure, député des Français de l’étranger pour la zone Amérique du Nord, a rencontré la communauté française de la baie de San Francisco pour échanger sur les préoccupations croissantes des expatriés, notamment face à la situation politique actuelle aux États-Unis. Lors de cette rencontre, il a abordé les résultats d’une enquête qui révèle que près de 20 % des Français aux Etats-Unis envisagent de rentrer en France, une tendance marquée par l’incertitude géopolitique. Lors d’une brève interview, M. Lescure a partagé sa vision de l’avenir pour les expatriés, les mesures envisagées par le gouvernement pour soutenir les chercheurs et les jeunes talents, ainsi que l’importance de maintenir un lien de confiance entre l’État et les Français de l’étranger.
MerciSF : Bonjour M. Lescure, merci de prendre le temps de discuter avec nous aujourd’hui. Pour commencer, près de 20% des répondants de votre récente enquête envisagent de rentrer en France. Quelles sont les raisons principales qui expliquent ce chiffre élevé, et que peut faire le gouvernement pour mieux retenir ou accompagner ces Français de l’étranger ?
Roland Lescure : C’est effectivement un chiffre élevé. Lorsqu’on le compare à d’autres pays comme le Canada, où seulement 5 à 6% des Français envisagent de retourner en France, cela montre à quel point la situation aux États-Unis a des conséquences profondes sur les Français qui y vivent. En particulier, la réélection de Donald Trump joue un rôle important dans ce phénomène. Ce qui ressort de l’enquête, c’est à la fois des préoccupations macroscopiques — comme l’économie ou le changement climatique — mais aussi des préoccupations très concrètes, comme l’éducation des enfants ou l’impact sur les chercheurs. Nous devons fournir davantage d’informations pratiques sur des aspects comme la sécurité sociale, les procédures
administratives, les démarches électorales, et aider ceux qui souhaitent rentrer, à le faire facilement.
Il y a aussi un phénomène intéressant qui se dégage, c’est l’augmentation des demandes de passeports français, particulièrement parmi des Américains qui se redécouvrent Français. Nous avons observé que de plus en plus de personnes, notamment des jeunes générations issues de l’immigration ou ayant des ancêtres français, cherchent à obtenir la nationalité française. Cette tendance est alimentée par plusieurs facteurs : le désir de renforcer leur identité culturelle, les opportunités professionnelles en Europe, ou encore des préoccupations liées à la situation politique aux États-Unis. Les autorités consulaires ont d’ailleurs mis en place des dispositifs pour faciliter ces démarches, avec des opérations spéciales organisées pour répondre à cette demande croissante.
MerciSF : Vous avez mentionné une inquiétude croissante vis-à-vis de la situation politique aux États-Unis. Est-ce que cela modifie la manière dont vous représentez les Français de l’étranger dans vos actions à l’Assemblée ?
Roland Lescure : Oui, cette situation modifie considérablement mon approche. Le retour à une relation plus autonome de l’Europe vis-à-vis des États-Unis est une évolution majeure. Nous devons être plus affirmés dans nos valeurs, notamment la démocratie et la souveraineté, tout en renforçant notre position sur des sujets stratégiques comme l’industrie, la technologie, et la défense. La situation géopolitique actuelle oblige à repenser notre position, notamment en Europe, pour ne pas rester spectateurs des changements qui se produisent ici.
MerciSF : Les jeunes, en particulier les chercheurs et les étudiants, se disent particulièrement préoccupés par la situation. Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour répondre à leurs attentes spécifiques ?
Roland Lescure : Les chercheurs sont un groupe particulièrement vulnérable, comme le montre l’enquête. Nous finalisons un dispositif pour les aider à revenir en France, ce que le président annoncera bientôt. Ce régime d’impatriation vise à accompagner les chercheurs empêchés de travailler aux États-Unis dans certains domaines sensibles. Le but est d’encourager l’attractivité de la France et de l’Europe pour ces talents. L’Amérique, historiquement un terreau pour les chercheurs, se trouve désormais moins ouverte, et nous devons saisir cette opportunité pour les attirer en Europe.
MerciSF : Vous avez parlé d’un « pacte de confiance » entre l’État et les Français de l’étranger. Quelles sont les premières mesures que vous aimeriez voir mises en œuvre dans ce cadre ?
Roland Lescure : Le pacte de confiance implique de renforcer la communication et l’accompagnement des Français de l’étranger. Par exemple, nous devons continuer à rester en contact régulier avec nos ressortissants, les informer sur les évolutions politiques et économiques, et les soutenir dans leurs démarches administratives. La consultation que nous avons menée est un premier pas, mais l’idée est d’entretenir cette dynamique à long terme, avec des initiatives régulières pour recueillir leurs avis et leurs préoccupations. C’est important de maintenir ce lien.
MerciSF : Face aux résultats de cette enquête, envisagez-vous d’organiser d’autres initiatives participatives pour rester à l’écoute des Français d’Amérique du Nord ?
Roland Lescure : Absolument, il est essentiel de continuer cette démarche participative. Nous avons eu une très bonne réponse à l’enquête, et il serait utile de la réitérer dans six mois ou un an pour voir comment la situation évolue. Il est important de garder un contact direct avec la communauté française, de comprendre ses préoccupations et de prendre des mesures adaptées. Ces échanges permettent de mieux cerner les besoins des Français de l’étranger et de mettre en place des politiques qui leur apportent des solutions concrètes.
MerciSF : Merci beaucoup, M. Lescure, pour ces éclaircissements. Nous suivrons de près vos prochaines annonces.
Roland Lescure : Merci à vous, c’est toujours un plaisir de pouvoir échanger directement avec les Français de la Baie.

