Florian Cardinaux, le nouveau Consul général de France à San Francisco, n’a guère eu le temps de souffler depuis son arrivée dans la Baie il y a moins de deux semaines, accompagné de son épouse et de leur jeune fils. À peine une semaine après avoir pris ses fonctions, le diplomate de 39 ans, qui a déjà effectué de nombreuses rencontres dans la communauté, nous a accueillies dans son bureau situé au 44 Montgomery Street. Lors de cet entretien, il nous a parlé de son parcours, a partagé ses premières impressions sur San Francisco, et dévoilé ses projets pour les quatre années à venir dans la circonscription.

Florian Cardinaux était auparavant le conseiller de la Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en charge de l’Asie, du Pacifique et des affaires consulaires (2022-2024). Il a également occupé le poste de chef des opérations du Centre de crise et de soutien (2020-2022), où il a géré de nombreuses crises internationales. Il s’agit de son troisième poste à l’étranger après Doha, où il était Numéro deux de l’Ambassade de France au Qatar (2018-2020), et Delhi, où il était conseiller politique à l’Ambassade de France en Inde, en charge du partenariat stratégique franco-indien (2015-2018).

Très heureux et motivé par sa nouvelle mission à San Francisco, Florian Cardinaux voit son rôle dans la circonscription comme celui d’un connecteur et d’un ensemblier, travaillant avec la communauté française pour promouvoir les intérêts de la France et renforcer la coopération entre les deux pays.

Découvrez avec nous le nouveau représentant de la France dans le Nord-Ouest américain.


Vous venez tout juste d’arriver à San Francisco, quelles sont vos premières impressions sur la ville ?

Je suis très séduit par San Francisco. C’est une ville magnifique sur le plan patrimonial, architectural et son cosmopolitisme est vraiment extraordinaire, avec ce mélange de mondes latinos, asiatiques, et occidentaux. On sent que même si ce n’est pas une énorme mégalopole, la ville a une grande richesse et diversité culturelle qui fait d’elle une “petite ville monde”, et ce n’est pas par hasard qu’elle est jumelée avec Paris.

Je suis agréablement surpris par le climat de San Francisco et trouve les critiques à son égard assez injustifiées ; même le brouillard a son charme.

Les problèmes de pauvreté, de sans-abrisme et de drogue sont réels mais on retrouve ces problèmes dans toutes les grandes villes, y compris en France, et San Francisco ne me semble pas du tout dans une « doom loop » comme on peut le lire parfois. C’est une ville vibrante et dynamique, tant sur le plan économique que culturel.

Alors voilà, je trouve qu’on ne rend pas toujours justice à cette ville.

San Francisco n’a à l’évidence pas encore retrouvé tout le dynamisme qu’elle avait avant la pandémie, mais on ressent vraiment sa quête de nouvelle identité et les efforts de revitalisation en cours, en particulier dans le centre-ville. Je suis d’ailleurs convaincu que la France a un rôle à jouer dans l’urbanisme intelligent et l’accompagnement de la ville dans cette transition. Nous excellons en la matière, dans l’association efficace du public et du privé.


Comment avez-vous l’intention de vous familiariser avec la région ?

Ma porte d’entrée dans la circonscription, ce sont les Français, car c’est eux que je sers et parce que passer par eux est la meilleure façon pour moi de comprendre et de connaître les différents écosystèmes américains. Mon objectif dans les premiers mois est donc de rencontrer le plus de compatriotes possible partout où des choses se font avec eux, pour réussir très vite, à travers notre communauté, à toucher le public américain.

À travers signifie ensemble : le Consulat va plus que jamais travailler avec les associations françaises de la région comme la French Tech, la Chambre de commerce, Business France ou encore French Founders, et tous les Français de bonne volonté pour faire des choses en équipe. Et cela ne se fait pas à distance, mais en allant voir les gens, nos ressortissants dans chaque secteur, et en accueillant à la Résidence de France qui est faite pour cela.

D’ici la fin de l’année, j’ai prévu une tournée dans les différents États, qui commence par la Californie avec San Francisco, Berkeley, suivi de Palo Alto, ensuite le Nevada, et pour finir à Seattle en octobre. En parallèle, je continuerai à faire des tours de la baie. Étant donné que 70% des Français sont ici, je considère qu’il est logique que je consacre environ 70% de mon temps à cette région. Je prévois également de visiter Salt Lake City, Portland et les autres États.

Je me fixe un an pour faire le tour de tous les États de la circonscription, y compris le Pacifique, dont je compte faire une priorité de mon action en m’appuyant sur mon expérience antérieure de la zone.


Quelles initiatives envisagez-vous de mettre en place pour mieux comprendre et répondre aux besoins spécifiques des Français vivant dans cette région ?

Pour commencer, j’insiste sur l’importance de s’inscrire au registre des Français à l’étranger. Les ressortissants qui ne sont pas inscrits ne sont pas connus du Consulat, ce qui est dommage car ce geste simple peut faire toute la différence en période de crise. Précédemment chef des opérations du Centre de crise et de soutien, j’ai vu l’importance de connaître le nombre exact de Français présents pour dimensionner notre réponse et éviter les difficultés liées à une sous-estimation du nombre de Français présents.

La procédure d’inscription est rapide et elle peut se faire en ligne. Cette inscription change tout en cas d’urgence. Même si les États-Unis ont des structures de réponse performantes aux crises, les Français ont besoin de se connecter avec leurs familles et potentiellement de rentrer en France. Pour les aider, il est crucial qu’ils s’inscrivent. Je compte sur vous et tous les acteurs associatifs pour rappeler l’importance de cette inscription.

Je tiens aussi à souligner les améliorations apportées aux services consulaires, la procédure de prise de rendez-vous en ligne étant beaucoup plus facile, et la délivrance des titres d’identité et de voyage plus rapide qu’auparavant. Le renouvellement des titres pour les Français est vraiment un axe prioritaire, surtout dans le contexte de la mise en place de la carte d’identité numérique électronique (CNIE) qui permettra de faire de nombreuses démarches en ligne.

Le consulat, c’est une équipe qui rend service aux Français, avec à la fois cet enjeu de délivrance des titres, d’identité et de voyage, mais aussi cet enjeu d’aide sociale avec les bourses scolaires, l’animation du tissu associatif, les aides ponctuelles aux Français démunis ou encore la gestion des urgences des Français en difficulté. On ne les voit pas, ce n’est pas médiatisé, mais il y en a en permanence.

Sans parler bien sûr de l’organisation des élections.


Au-delà des services aux Français, quelles sont vos autres grandes priorités, que ce soit dans le domaine politique, économique ou encore culturel ?

Réussir le tournant de l’IA

Ma première priorité est de ne pas rater la révolution de l’IA, qui est une transformation majeure et potentiellement plus importante que le boom d’Internet. Si la France veut rester dans le groupe de tête des économies développées, il faut qu’elle réussisse ce tournant de l’IA, ce qui implique de se connecter à la Baie. San Francisco, en tant que hub technologique, est un lieu stratégique pour cette ambition. Nous sommes sur la carte, nous avons des pépites et des grandes success stories qui sont connues ici comme Mistral. Les Américains nous reconnaissent une compétence, une agilité, un tissu économique de qualité dans ce secteur de l’IA.

Connecter les écosystèmes de la tech

Mon rôle sera plus largement de connecter les écosystèmes de la tech entre la France et la baie de San Francisco, de faire en sorte que les écosystèmes travaillent bien de façon la plus imbriquée possible et de multiplier les ponts entre ce que nous faisons ici dans la baie, grâce à nos Français et pas seulement, et ce qui se fait en France.

Je vais notamment faire en sorte dans les prochains mois que l’importante échéance de l’AI Action Summit qui sera organisé en France en février et qui vise à promouvoir l’IA de manière éthique et bénéfique pour les populations, soit connue ici et qu’un maximum d’acteurs du secteur y participent. L’objectif est de faire en sorte que collectivement le potentiel de l’IA soit vraiment mis au service de nos populations et de notre planète. L’objectif n’est pas de réguler pour réguler, mais de canaliser le potentiel de l’IA pour en tirer le meilleur parti.

Promouvoir le made-in France

Un autre axe prioritaire est la promotion des biens et services français à l’exportation. San Francisco est une terre d’accueil pour les produits français, et malgré la concurrence nous sommes encore compétitifs avec des produits distinctifs dans des secteurs comme l’agroalimentaire, la viticulture, l’aéronautique et les énergies renouvelables.

Attirer des investisseurs américains

Je voudrais aussi mettre l’accent sur l’importance d’attirer des investisseurs américains pour créer des emplois en France. Les Français expatriés peuvent jouer un rôle crucial en facilitant ces investissements, même sans revenir en France à 100 %. J’envisage de structurer des initiatives pour encourager ces connexions.

Culture et éducation

La culture française, la langue française et l’art de vivre à la française sont essentiels dans la promotion et le rayonnement de la France dans le monde. Je vois mon rôle comme celui d’un connecteur de mondes qui ne travaillent pas spontanément ensemble pour créer des projets bénéfiques pour la France et les Français. Dans ce domaine j‘ai par exemple appuyé dès mon arrivée l’initiative d’un projet de cantine scolaire dans les écoles françaises de San Francisco, qui pourrait améliorer le service aux élèves tout en renforçant l’attractivité des établissements, en valorisant les marqueurs de l’identité française que sont la gastronomie, l’éducation au goût, le bien-manger.

Promotion de la langue française et de l’enseignement bilingue

Je m’investirai également fortement en soutien du programme « French for All », qui vise à promouvoir la langue française et l’enseignement français aux États-Unis, notamment dans les écoles américaines, par des cursus bilingues, en complément de ce qui se fait dans les écoles homologuées et labellisés. L’enseignement du français passe en effet par de nombreux outils, allant des lycées français conventionnés et homologués au label France Éducation, en passant par le soutien aux structures bilingues et les réseaux associatifs comme FLAM. L’objectif est de proposer une palette d’options adaptées aux besoins et aux envies des citoyens français, mais aussi du public américain et de toutes les nationalités tierces présentes aux Etats-Unis intéressés par la langue et la culture françaises, par l’ouverture qu’elles représentent et l’excellence qu’elles incarnent.


Comment prévoyez-vous d’adapter l’action du Consulat aux défis environnementaux, et notamment aux défis spécifiques à la Californie, et comment ces questions influencent-elles vos priorités diplomatiques ?

En ce qui concerne l’environnement et l’action climatique, le Consulat s’est déjà beaucoup investi dans la réponse aux défis environnementaux ces dernières années et je prévois de continuer dans cette voie, en mettant en avant l’excellence française dans les domaines des énergies décarbonées et des transports propres, et nous devons promouvoir les entreprises françaises qui travaillent déjà dans ces secteurs aux États-Unis.

Au-delà de la dimension économique, je souhaite échanger avec la Californie et d’autres États sur les politiques environnementales et partager l’expertise française en matière de transition climatique et écologique. Le climat est devenu un sujet diplomatique majeur et la Californie est à la pointe de ces efforts. La participation américaine aux événements internationaux à venir, comme le Sommet des Nations Unies sur les Océans prévu à Nice en 2025, sera cruciale.


Vous avez été impliqué dans la gestion de plusieurs crises internationales, notamment la Syrie et le conflit israélo-palestinien. Comment ces expériences ont-elles
façonné votre vision de la diplomatie et de la résolution des conflits ?

Il y a plusieurs filières diplomatiques au Quai d’Orsay. Je suis pour ma part un « bilatéraliste », qui aime d’abord créer des coopérations et des partenariats, porter des projets concrets qui densifient les relations entre la France et d’autres pays. C’est ce que j’ai fait en poste à Delhi et à Doha, mais aussi au cabinet de Catherine Colonna sur l’ensemble de la zone Asie-Pacifique.

Je souhaite d’ailleurs davantage intégrer la formidable ouverture sur l’Asie et le Pacifique que représente la côte ouest. San Francisco est de longue date la principale porte d’entrée vers l’Asie. J’envisage de créer plus de ponts et de liens entre l’Asie et la France ici, ainsi qu’entre les territoires français du Pacifique et la région. Il y a des richesses humaines et patrimoniales formidables en Polynésie française et je vais m’efforcer de mieux les faire connaître ici, les connecter à la côte ouest des États-Unis.


En tant que représentant de la France à San Francisco, quelle est la marque personnelle que vous aimeriez laisser à la fin de votre mandat ici ?

J’ai eu des prédécesseurs très talentueux donc je n’ai pas la prétention de bouleverser les choses, mais je veux m’assurer que les Français voient le Consulat comme une institution à l’écoute, prête à aider sans donner de leçons, leur offrant un soutien attentif et bienveillant.

J’espère que les Français ressentiront que le Consulat est là pour eux, les comprend, les valorise et les aide à avancer dans leurs projets. Si je réussis cela, et si je contribue à mieux faire connaître en France les potentiels du Nord-Ouest des Etats-Unis, je considère que j’aurai déjà bien réussi ma mission.


Quels sont les grands rendez-vous à ne pas manquer pour la communauté française de la région au cours des premiers mois de votre mandat ?

Le sommet de la francophonie à Villers-Cotterêts, la réouverture de Notre-Dame, le sommet de l’IA, priorité du Président de la République, seront de grands moments pour la France. À chaque fois que quelque chose d’important se passera en France, il faudra que je le fasse vivre ici et que je m’assure qu’un maximum de talents de la côte ouest y participe.

Nous avons également une programmation culturelle très riche dans la région. On y apprécie notre patrimoine unique, soutenu par de nombreux mécènes, mais on y valorise aussi notre avant-gardisme, notre audace. Il faut montrer ces deux revers de la médaille du Génie français.

Voici la liste non exhaustive des grands rendez-vous culturels à venir dans la Baie :

20 septembre : Fête du Patrimoine, Fort Mason, SF

21 septembre : Europe in the Park. Golden Gate Park, SF

3 au 13 octobre : Mill Valley Film Festival (mvff.com), Mill Valley, Berkeley

10 octobre : Silicon Valley African Film Festival, Hommage à Souleymane Cisse, San Jose

18 et 19 octobre : San Francisco Dance Film Festival, SF

25 et 27 octobre : L’auteur et réalisatrice, Christine Angot, invitée des festivals Litquake et Aftershock

26 octobre : Le parfumeur Jean-Claude Ellena, créateur de la ligne Les Jardins d’Hermès, invité du Festival Litquake au Conservatoire des Fleurs.

1 au 3 novembre : Marion Cotillard au San Francisco French Cinema Days

Un autre rendez-vous à ne pas manquer en novembre sera la venue du Grand Chancelier de la Légion d’honneur dans le cadre du centenaire du Musée de la Légion d’Honneur à San Francisco. Un évènement ouvert au public est prévu pour le samedi 9 novembre.


Pour conclure, y a-t-il un message particulier que vous souhaiteriez adresser à la communauté française de San Francisco ainsi qu’aux lecteurs de MerciSF.com ?

Comme je vous l’ai écrit dans ma lettre : vous êtes, chacun dans votre domaine, les Ambassadrices et les Ambassadeurs de la France ici. Compte tenu de ce que vous incarnez ici, je vous invite à porter haut les couleurs de notre pays. Chacun peut incarner l’excellence française s’il le souhaite, autant que nous, autant que moi ici, à mes côtés, aux côtés de tous les agents de ce consulat.

Le deuxième message, c’est que l’on a besoin de vous pour faire parler en bien de notre pays, c’est-à-dire pour valoriser tout ce qui s’y fait de bien. Après le grand succès des Jeux Olympiques et Paralympiques en France, il faut continuer à vendre la destination France comme porte d’entrée vers l’Europe. Et ça, chacune et chacun peut le faire à sa place. Si vous êtes fiers de la France, et j’espère que vous l’êtes, faites-le savoir.

Enfin, troisième et dernier message : ma porte vous est grande ouverte. N’hésitez jamais à me contacter, à venir me voir, pour me dire ce que vous faites et ce que vous attendez de moi. Présentez-moi vos projets. Je suis là pour vous aider et vous accompagner.

 

Merci Monsieur le Consul Général

 

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