Une interview French Tech & MerciSF 

Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Marjorie Janiewicz, Global Head of Revenue et Directrice Générale des États-Unis chez Mistral AI, lors de la soirée de fin d’année  organisée par la French Tech SF.

Avec une carrière impressionnante de 26 ans dans la Tech, notamment dans des  entreprises emblématiques comme Oracle, SAP, HackerOne et MongoDB, Marjorie a su allier expertise  commerciale, vision stratégique et passion pour l’innovation.

Après avoir accompagné la croissance d’entreprises et de startups américaines, Marjorie s’est lancée dans un nouveau défi en prenant les rênes de Mistral AI*, une entreprise française de pointe dans le domaine de l’IA générative, avec l’ambition d’en faire une reference mondiale.

Dans cet entretien exclusif, Marjorie partage son parcours, ses ambitions avec Mistral AI, et sa vision des défis éthiques et environnementaux liés à l’IA.

*Le nom Mistral fait référence au vent du sud de la France, symbole de mouvement et de disruption.


Pourriez-vous nous parler de votre parcours et de vos objectifs avec Mistral AI ? 

Après 26 ans de carrière dans la Tech aux États-Unis et en Irlande, je suis fière de prendre les rênes de Mistral AI, ma première entreprise française. J’ai travaillé chez Oracle,  SuccessFactors, MongoDB, HackerOne, et d’autres startups, principalement dans des fonctions de  vente, marketing et relation client, développant une passion pour l’innovation, la création de  catégories et les ruptures de marché.

Chez Mistral AI, je poursuis ces ambitions : innover et bâtir des équipes solides tout en portant  une entreprise française sur le devant de la scène.


Vous avez une carrière impressionnante, notamment dans des entreprises américaines. Vous avez su vendre avec succès. Quel est votre secret et qu’avez-vous  appris de ces expériences que vous apportez maintenant à une entreprise française ? 

Pour moi, le secret de la réussite commerciale réside dans la capacité à se concentrer sur  les résultats concrets pour les clients. Il faut des équipes de vente capables de comprendre  ce que recherchent les dirigeants d’entreprise et de relier ces besoins à ce que le produit  peut offrir.

Pour un leader commercial, il est crucial non seulement de développer une équipe  performante, mais aussi de devenir la voix du client en interne, en travaillant en étroite collaboration avec les équipes produit et ingénierie. C’est ce que j’ai appris dans mes précédents rôles, et c’est ce que j’espère appliquer ici, chez Mistral AI.


Vous n’aviez jamais travaillé pour une entreprise française auparavant. Qu’est-ce qui vous a convaincue de rejoindre Mistral AI ? 

Il y a deux raisons : une personnelle et une professionnelle. Sur le plan professionnel, après  plusieurs startups, je cherchais une opportunité avec un produit clairement différencié,  capable de résoudre des problèmes à grande échelle pour les clients. Mistral AI coche toutes  ces cases.

Sur le plan personnel, j’ai souvent eu l’occasion de soutenir l’écosystème français à s’implanter aux Etats-Unis mais je n’ai jamais travaillé pour une entreprise française à proprement parler. C’est désormais le cas, et c’est une immense fierté pour moi.


Pouvez-vous nous en dire plus sur Mistral AI et sur vos ambitions ? 

Mistral AI a été fondée par trois cofondateurs issus de Meta et Google DeepMind avec une mission claire : démocratiser l’IA générative pour qu’elle soit accessible à chaque entreprise et  chaque développeur, sans que cette technologie ne soit monopolisée par quelques grandes entreprises.

Nous sommes connus pour nos modèles de langage large, qui ont été très bien accueillis grâce à leur infrastructure innovante et open source. Dès le lancement, les développeurs ont  adopté nos outils, et nous avons enregistré des millions de téléchargements en quelques  mois.


Comment vous positionnez-vous sur le marché de l’IA generative ? 

Aujourd’hui, nous construisons une plateforme d’IA d’entreprise axée sur :

  1. La portabilité : nos modèles peuvent être déployés sur différents clouds ouinfrastructures.
  2. La flexibilité : nous proposons des modèles de différentes tailles adaptés à divers casd’utilisation.
  3. L’efficacité : alors que de plus en plus de clients déploient l’IA à grande échelle,l’efficacité est devenue un critère clé.

Notre objectif est d’offrir une IA performante, adaptable et accessible à tous, tout en renforçant la compétitivité des entreprises à travers le monde.


Comment percevez-vous le développement de Mistral AI sur le marché américain ?

Honnêtement, cela a été une surprise. Je m’attendais à ce que Mistral AI soit d’abord perçue  comme une entreprise centrée sur la France, mais nous avons rapidement gagné une stature internationale. Nos premiers pas sur le marché américain montrent que notre  approche résonne également auprès des grandes entreprises aux États-Unis, ce qui est très  prometteur pour l’avenir.


Beaucoup de gens se demandent comment vous allez concurrencer OpenAI. Quel est  votre différenciateur, et comment pensez-vous que vous serez capables de rivaliser ? 

C’est effectivement un défi complexe, surtout face à des géants bien établis. Nous restons  concentrés sur l’apport de solutions génératives pour les entreprises.

Nous apportons des différenciateurs comme la capacité à déployer des modèles sur  plusieurs clouds ou dans l’infrastructure des enterprises, une personnalisation avancée, et l’efficacité énergétique. Ces éléments répondent aux besoins spécifiques des entreprises américaines.

Par exemple, dans des secteurs comme la banque ou l’assurance, nous permettons le  déploiement et la personnalisation de modèles pour offrir des expériences utilisateur  optimisées. Il reste beaucoup à faire pour répondre à ces défis, mais le momentum est  positif.


Vous avez mentionné une présence plus forte ici avec votre leadership sur le Go-to Market. Quels sont vos plans pour les États-Unis, et pourquoi ? 

Les États-Unis sont notre deuxième marché en termes d’investissement. Nous avons déjà  une équipe à Palo Alto, avec environ 30 employés, et nous continuons d’ajouter des  fonctions techniques et Go-to-Market. Nous nous concentrons sur la côte Ouest, tout en  maintenant des fonctions clés à Paris où sont basés nos trois cofondateurs.


Beaucoup de R&D se déroule en France. Pouvez-vous en parler davantage ? 

Nos équipes R&D sont celles qui conçoivent nos modèles, à l’image de celle qui travaille sur notre modèle de vision (traduction d’images et vidéos en texte). Ces équipes sont pilotées depuis notre siège français, et compte des membres dans chacun de nos bureaux en France, au Royaume-Uni et à Palo Alto.


Quels sont vos plus grands défis actuellement ? 

Le principal défi est le rythme extrêmement rapide de l’innovation. Chaque mois, un nouveau modèle apparaît. Nous devons aider nos clients à identifier les cas d’utilisation pertinents et leur permettre de maximiser la valeur de l’IA générative dans leurs entreprises.


Comment évaluez-vous la maturité actuelle du marché ? 

Le marché est très diversifié. Certains secteurs, comme les services financiers, avancent rapidement pour ne pas manquer le bus, tandis que d’autres commencent seulement à réfléchir à l’IA générative. Nous estimons que seulement 5 à 10 % des cas d’utilisation ont été explorés, ce qui laisse une énorme opportunité.


Pouvez-vous partager quelques exemples concrets d’utilisation par vos clients ? 

Bien sûr. Par exemple, BNP Paribas utilise nos modèles pour l’assistance à la vente, CMA CGM pour la gestion de contenus internes, et Carrefour pour l’assistance des caisses automatiques. D’autres utilisent nos solutions pour des workflows multilingues ou  l’automatisation d’agents. Autant d’exemples qui démontrent que nos modèles génèrent une meilleure productivité et une meilleure qualité de service.


Quel est le modèle économique de Mistral AI, étant donné que vous êtes open source ? 

Nous proposons à la fois des modèles open source et des modèles propriétaires. Ces  derniers sont plus efficaces et offrent des fonctionnalités supplémentaires. Bien qu’ils soient  propriétaires, nous fournissons l’accès au poids pour permettre la personnalisation.


Vous avez mentionné des modèles pour des cas d’utilisation en périphérie (edge  computing). Pouvez-vous en dire plus ? 

Nous avons développé de petits modèles, comme Ministral 3B, qui s’adaptent à des dispositifs tels que téléphones ou ordinateurs portables. Ils consomment peu d’énergie et sont parfaits pour des  déploiements localisés, en respectant les contraintes de confidentialité en Europe.


Quelle est votre plus grande surprise depuis que vous êtes à ce poste ? 

Le rythme d’adoption est exceptionnel. Contrairement à d’autres technologies, l’IA  générative combine une adoption ascendante (open source) et descendante (initiatives des  CEOs). Cela crée une dynamique unique.


Selon vous, comment Mistral AI contribue-t-il à relever les défis liés à la sûreté, à  l’éthique et à l’inclusivité dans l’IA? 

Ces sujets sont essentiels pour faire en sorte que l’IA générative soit utile et adoptée  par le plus grand nombre. Chez Mistral AI, nous entraînons nos modèles sur des jeux  de données variés et dans de nombreuses langues pour garantir la pluralité des  cultures et des valeurs. De cette façon, nous nous assurons que nos modèles  facilitent, et non restreignent, l’expression de perspectives diverses.


L’IA, avec sa forte consommation d’énergie, a un impact significatif sur  l’environnement. Quelles actions Mistral AI Fmet-il en œuvre pour réduire cet  impact ? Pensez-vous également que l’IA puisse jouer un rôle clé dans le
développement de solutions face aux défis environnementaux ? 

Nous sommes très attentifs à l’impact environnemental de notre industrie et nous  agissons en ce sens à plusieurs niveaux. Via nos modèles d’abord, qui proposent un  ratio performances / ressources inégalé sur le marché. Nous proposons d’ailleurs des  modèles de tailles différentes pour répondre à tous les besoins de façon optimale, à  l’image des Ministraux, des modèles petits et performants capables d’être déployés  sur des ordinateurs et téléphones portables.

Et, vous avez raison, il existe d’autres façons de répondre aux enjeux  environnementaux. Notre modèle Mathstral lancé en juillet 2024 est dédié à la  résolution de problèmes mathématiques complexes, et vise à accélérer la recherche  scientifique.


Vous êtes ambassadrice de la French Tech SF. Qu’est-ce qui vous a motivée à  vous engager dans cet écosystème, et quel rôle voyez-vous pour des initiatives  comme la French Tech dans la promotion des talents et des startups françaises  aux USA ? 

J’ai passé la majorité de ma carrière en Californie, où j’ai accompagné la croissance  de nombreuses entreprises de la Tech. J’ai vu grandir sous mes yeux cet écosystème français, particulièrement au cours des dix dernières années, et je suis très fière  aujourd’hui d’apporter mon expérience et mes conseils aux nombreux talents qui font  rayonner notre pays partout dans le monde.


En tant que femme leader dans la tech, quelle est votre vision pour améliorer la  place des femmes dans l’industrie et attirer plus de talents féminins vers les  secteurs technologiques ? 

La place des femmes dans la Tech évolue, c’est indéniable. Mais il reste encore  beaucoup de travail. Pour progresser, je suis convaincue que les

jeunes entreprises doivent faire de la diversité un pilier essentiel de leur  stratégie, et ce, dès la constitution de l’équipe dirigeante. D’autres voies doivent être  explorées, notamment l’école, où nous devons encourager les jeunes filles à choisir  les filières Tech.

Merci Marjorie

 

Subscribe To Our Newsletter

You have Successfully Subscribed!

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos de MerciSF

Vous êtes maintenant dans notre base de données et vous recevrez notre newsletter ! Merci