Rouksana Simjee possède un parcours riche et résolument international au service de la diplomatie culturelle française. Après des débuts dans le domaine du patrimoine et des musées à Paris, elle a exercé des fonctions de gestion culturelle à La Réunion, en Inde — où elle a piloté le programme Bonjour India — puis au Qatar pour l’Année culturelle France-Qatar 2020. De retour à Paris, elle a rejoint le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères comme conseillère sur l’éducation et le développement, avant d’être envoyée en mission auprès de l’ONU à New York sur les questions sociales, humanitaires et culturelles. Depuis août 2025, elle a pris ses fonctions à San Francisco où elle incarne désormais la diplomatie culturelle française à travers la Villa Albertine et le poste d’attachée culturelle du Consulat général de France.

Votre parcours vous a menée de La Réunion à l’Inde, au Qatar, puis à l’ONU à New York. Quelles expériences clés souhaitez-vous mettre à profit dans vos nouvelles fonctions à San Francisco ?

J’ai grandi à La Réunion, dans un environnement profondément métissé, très ouvert à la diversité culturelle et religieuse. Cette sensibilité au mélange et au dialogue humain est vraiment au cœur de ma construction. Très jeune, j’ai eu envie d’élargir mon horizon, et mes études à Sciences Po Paris ont consolidé mon intérêt pour la culture et les relations internationales.
Mes premières expériences dans les musées parisiens m’ont donné le goût du travail d’équipe et de l’organisation de projets culturels. Puis Bonjour India en Inde et l’Année culturelle France-Qatar ont été des moments fondateurs : ce sont des expériences qui montrent concrètement comment la culture peut créer du lien entre pays.
Enfin, mes années au ministère et ma mission à l’ONU ont renforcé ma compréhension des enjeux globaux — éducation, droits humains, diplomatie féministe — et cette vision transversale me sera très utile ici à San Francisco.

Vous avez coordonné des projets majeurs comme Bonjour India et l’Année culturelle France-Qatar 2020. Qu’est-ce que ces expériences vous ont appris ?

Bonjour India a été un moment extraordinaire : pendant quatre mois, nous avons présenté des créations franco-indiennes pour illustrer la richesse de la relation culturelle entre nos deux pays. J’y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans la diplomatie culturelle : les liens humains, la création, le long terme.
Au Qatar, nous avions une programmation très riche… que la pandémie a interrompue du jour au lendemain. C’était difficile, mais cela m’a donné le temps de mûrir mon projet professionnel — notamment de préparer à nouveau le concours du ministère des Affaires étrangères, que j’ai réussi en 2020.

Après l’Inde et le Qatar, vous êtes revenue à Paris travailler sur l’éducation, la diplomatie féministe et les fonds multilatéraux. Comment cela nourrit-il votre vision aujourd’hui ?

Ces quatre années m’ont permis d’élargir mon champ de compétences : négociation, représentation, enjeux éducatifs mondiaux…
J’étais en charge de préparer la position de la France dans les conseils d’administration du Global Partnership for Education et d’Education Cannot Wait. Ce sont des projets très concrets, avec un vrai impact dans les pays en développement.
Puis j’ai rejoint la mission française à l’ONU, où j’ai travaillé sur les résolutions liées aux droits de l’homme, à l’éducation et aux droits des femmes. Cette expérience multilatérale nourrit profondément ma façon de penser la coopération culturelle.

Vous arrivez aujourd’hui à San Francisco avec une double casquette : attachée culturelle et directrice de la Villa Albertine. Comment fonctionnent ces deux rôles ?

Ils sont complémentaires. La Villa Albertine est le service culturel de l’Ambassade de France aux États-Unis, avec des antennes dans plusieurs grandes villes, dont San Francisco. Ici, nous couvrons un territoire immense : 11 États, de l’Alaska à Hawaï.
Il y a deux piliers :

  1. La coopération culturelle (partenariats, projets, liens avec les institutions locales),
  2. Les résidences d’artistes et de chercheurs.

Ces deux dimensions se nourrissent mutuellement : les résidents explorent des thèmes qui résonnent avec les enjeux locaux — environnement, intelligence artificielle, diasporas, crise des opioïdes… — et cela nourrit notre travail diplomatique.

Nous fonctionnons comme une équipe très soudée de six personnes, et c’est vraiment essentiel dans une circonscription aussi vaste que la nôtre. À mes côtés, il y a David Do Paço, qui est attaché de coopération universitaire ; il pilote les partenariats avec les universités et le programme Lafayette lancé récemment pour soutenir les futurs leaders de la relation transatlantique. Marceau Juin est en charge de la coopération éducative et de la francophonie : il travaille avec les écoles, les alliances françaises et l’ensemble des acteurs francophones du territoire. Nicole Lavay est notre coordinatrice de projets ; elle gère la logistique, les invitations, le budget, la communication opérationnelle, et elle connaît très bien la scène artistique locale grâce à son expérience au Saint John’s Art Foundation, au MOAD et au de Young Museum. Nous avons aussi deux stagiaires très impliquées : Flore Strullu pour la coopération universitaire, et Lori Le Vaillant pour la coopération culturelle et la communication. C’est grâce à cette équipe que nous pouvons mener une programmation cohérente, tout en couvrant onze États, de l’Alaska à Hawaï

Justement, quels seront les résidents de la Villa Albertine San Francisco en 2025-2026 ?

Nous aurons six résidents l’an prochain, avec des projets très ancrés dans les réalités de la côte Ouest :

  • une artiste sur la crise des opioïdes entre États-Unis et France,
  • Jean-Baptiste phou sur la mémoire de la diaspora cambodgienne,
  • Holly Herndon & Mathew Dryhurst sur l’éthique de l’intelligence artificielle,
  • Claire Oumar sur la cosmogonie Yupik et les questions environnementales, et d’autres projets liés aux enjeux sociaux, de mémoire ou d’écologie.
    Ce sont des thématiques profondément liées à San Francisco et à sa diversité.

Comment ces résidences, qui sont souvent des temps de recherche, touchent-elles le grand public ?

C’est vrai que les résidences ne débouchent pas toujours sur des restitutions publiques, car ce ne sont pas des résidences de production. Mais nous faisons en sorte de créer du lien avec le territoire :
– interventions dans les écoles,
– conférences dans des institutions,
– panels ou rencontres publiques.
L’artiste Arthur Francietta, par exemple, est intervenu dans plusieurs écoles et organise un échange artistique au SFMOMA, en dialogue avec l’artiste américain Hunter Saxony Third. Ce type de rencontre donne tout son sens à la résidence.

Quels types de partenariats souhaitez-vous développer dans la Bay Area ?

Je suis encore en phase d’observation, mais je souhaite renforcer ce qui existe déjà. Je veux développer des projets liés aux enjeux globaux — environnement, droits humains, diversité — et travailler davantage dans l’espace public, car la culture doit être accessible au plus grand nombre.
J’aimerais aussi proposer davantage d’activités pour les familles et les enfants. Et bien sûr, continuer à travailler avec les universités, les écoles, les alliances françaises et les institutions culturelles locales.

Pouvez-vous révéler les grands rendez-vous déjà prévus pour la saison 2025-2026 ?

Oui ! Le grand événement reste La Nuit des Idées, qui aura lieu le 11 avril 2026 à la San Francisco Public Library — un lieu qui a accueilli plus de 10 000 personnes l’an dernier. La thématique mondiale sera « Ouvrir la Voix », avec un jeu de mots entre voix et voie. Nous travaillerons sur la question : Comment donner la parole et ouvrir la voie aux générations futures ?
D’autres initiatives sont en discussion, notamment dans le cadre de la Francophonie et de collaborations littéraires, mais elles ne sont pas encore publiques.

Comment souhaitez-vous impliquer la communauté française et francophile locale ?

Pour moi, le lien humain est au cœur de la diplomatie culturelle. Nous voulons travailler avec toutes les forces vives : institutions, artistes, familles, écoles, universités…
Un exemple concret : pour la Nuit des Idées, nous envisageons un appel à volontaires pour impliquer davantage la communauté. C’est une belle manière de s’approprier l’événement et de vivre les coulisses d’un grand projet culturel français

Merci Rouksana !

Subscribe To Our Newsletter

You have Successfully Subscribed!

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos de MerciSF

Vous êtes maintenant dans notre base de données et vous recevrez notre newsletter ! Merci