À l’occasion du mois de la femme, nous avons eu le privilège d’interviewer Rebecca Malkin-Chocron, une Franco-Américaine aux multiples facettes. De la finance à la philanthropie, elle nous dévoile son parcours professionnel marqué par des transitions aussi audacieuses que réussies. 

Entre deux continents et deux secteurs d’activité, elle nous livre les dessous de sa métamorphose professionnelle. En tant que mère, elle nous partage ses réflexions sur l’équilibre entre vie familiale et carrière. En mettant en lumière l’importance de l’égalité et de l’équité au sein du couple, Rebecca nous offre un témoignage inspirant sur la réalisation personnelle et professionnelle

MerciSF: Pour commencer, pourriez-vous nous parler de votre parcours académique et professionnel ?

Rebecca Malkin Chocron: Après des études en finance en France et au Canada et un début de vie professionnelle dans la banque à Paris,  j’avais envie d’élargir le champ de mes expériences aux universités américaines en poursuivant un MBA. J’ai été admise à Berkeley en 1998. J’y suis venue sur les traces familiales ajouter une génération au palmarès ! (mon père, français, et ma mère californienne se sont rencontrés sur le campus de Berkeley dans les années 60 au son du Free Speech Movement).  Mon copain de l’époque, qui est devenu mon mari par la suite, était également admis et nous nous sommes donc installés à Berkeley.

J’ai obtenu mon MBA de la Haas School of Business à Berkeley en 2000.

MerciSF : Après votre MBA, où avez-vous commencé à travailler ?

Rebecca Malkin Chocron: L’idée initiale était de retourner en France une fois le diplôme en poche, mais dans le cadre de mon MBA, j’ai développé une grande attirance pour le “non-profit sector” (philanthropie). J’ai notamment été teaching assistant du professeur de ce département à Berkeley, puis ai eu l’opportunité de passer quelques mois au Zimbabwe pour évaluer le modèle de micro-crédit auprès de femmes en milieu rural. 

Dans mon cycle d’études, les premiers conseils de la part d’intervenants spécialistes des non-profits furent de m’encourager à aller travailler d’abord dans le privé afin d’avoir un impact plus important par la suite en amenant les compétences du privé dans le non-profit. Alors je les ai pris au mot mais je suis restée un peu plus longtemps que prévu dans le privé : je suis allée chez Levi’s et j’y suis restée 17 ans !

Le fil directeur de cet entretien, qui nous amènera au musée où je travaille aujourd’hui, a commencé là, au croisement d’une formation en finance et d’une volonté, explorée dans le cadre universitaire, d’apporter ma pierre à un projet de société.

MerciSF : Parlez-nous de votre carrière chez Levi’s

Rebecca Malkin Chocron: Ma carrière chez Levi’s s’est étendue sur une période de presque 17 ans, traversant différents départements, postes, et pays, touchant toujours de près ou de loin au domaine de la finance. J’ai été constamment encouragée à développer mes compétences et à saisir les opportunités qui se présentaient à moi.

Par exemple, ma carrière m’a amenée à diriger le bureau d’Amérique Latine depuis le Mexique, où j’ai été chargée de gérer une région en pleine croissance et de relever les défis de communication avec la maison-mère à San Francisco.

Vivre entre deux pays, le Mexique et les États-Unis, était un défi personnel, surtout avec deux jeunes enfants à la maison. C’est un pari que j’ai pu tenir avec succès, notamment parce que j’ai pu compter sur le soutien implicite, explicite et volontaire de mon mari, qui est totalement impliqué dans le partage de la charge parentale en parallèle de sa propre carrière. La donne et les équilibres ont changé  lorsque le processus d’adoption de notre troisième enfant a abouti. Recevoir la photo de notre enfant a marqué la fin de mon poste au Mexique. C’était une aventure familiale à vivre ensemble et réunis.

De retour aux États-Unis, j’ai eu l’opportunité de choisir entre plusieurs postes chez Levi’s, mais le poste que j’ai choisi ne m’a apporté ni satisfaction intellectuelle ni émotionnelle.  Piloter des réorganisations et des délocalisations, ce n’était pas le chemin que je voulais prendre dans ma carrière. Cela m’a conduit à une période de réflexion profonde, et j’ai finalement décidé de quitter Levi’s pour faire une pause. Le moment était venu pour un « cleansing », comme on dit. Presque sur un coup de tête, avec l’appel du “road less travelled” selon la formule américaine nous avons déménagé au Guatemala pour un an. Ce changement radical m’a permis de retrouver le chemin des non-profits et des missions d’impact communautaire.  

MerciSF : Quelle forme a pris votre implication dans des activités non-profit au Guatemala ?

Rebecca : Avant mon départ, j’avais identifié une dizaine d’associations à but non lucratif qui correspondaient à mes valeurs et à mes intérêts, nous nous sommes interviewés mutuellement, et j’ai pris l’initiative d’offrir mes services bénévolement à l’une d’entre elles : Niños de Guatemala. Cette association a construit et gère l’éducation de 500 élèves dans trois écoles voisines d’Antigua, et financées par des fonds internationaux. Ces écoles desservent des familles vivant dans la plus grande pauvreté. 

Mon engagement auprès de cette association était partagé, très intentionnellement, entre l’humain et l’administratif. Les matins, je fournissais un soutien scolaire personnalisé à certains enfants. Les après-midi je contribuais à développer des initiatives commerciales visant à générer un revenu stable pour l’ONG tout en restant en alignement avec sa mission première. 

Ce fut une expérience intensément enrichissante, et parfois émotionnellement éprouvante en raison de l’extrême pauvreté et des violences psychologiques que l’on peut observer.  L’éducation au Guatemala, bien que publique, n’est pas entièrement gratuite, et se traduit pour les parents les plus démunis, en un manque à gagner, une main d’œuvre en moins sur les marchés, dans les champs ou ailleurs. Afin d’inciter les parents à envoyer leurs enfants à l’école, l’ONG offre des avantages tels que des soins de santé gratuits à la famille et d’autres services annexes qui rendent l’éducation plus immediatement avantageuse que le travail des enfants.

Dans l’ensemble, cette immersion dans le secteur non lucratif a été extrêmement gratifiante. Elle m’a permis de combiner mes compétences professionnelles avec mon objectif d’engagement.

MerciSF: Comment cette expérience a-t-elle influencé la suite de votre parcours professionnel ?

Rebecca Malkin Chocron: Après mon travail auprès de  l’ONG Ninos de Guatemala, dont je suis toujours au Conseil d’Administration, je suis revenue déterminée à évoluer dans le secteur de la philanthropie.

L’expérience du Guatemala fût un formidable révélateur de convictions. Je me souviens clairement, alors que j’étais dans l’avion du retour vers la Californie, avoir fait une liste de critères pour mon prochain poste. J’avais des exigences de contenu et d’envergure : je recherchais une non-profit de taille pour succéder intellectuellement au profil des postes que j’avais occupés avant -en termes de portefeuille d’activités et d’équipe.

La recherche a pris plus de temps que prévu car je ne voulais pas lâcher mes critères, et très honnêtement cela a été possible car j’avais le soutien à la fois moral et pratique d’attendre le poste idéal. C’est ici que l’appui mutuel dans le couple s’est révélé à nouveau fondamental.

Et quelques mois plus tard, le poste au département Finances du SFMOMA s’est présenté à moi par une agence de recrutement.

Et depuis le début 2019, c’est une belle histoire qui s’est tissée.

MerciSF :  Parlez-nous de votre parcours au SFMOMA et de votre évolution, passant de CFO à COO

Rebecca : J’ai commencé mon parcours au SFMOMA en tant que Directrice  financière. Cette opportunité m’a semblé parfaitement adaptée. Elle faisait bien sûr appel à mes compétences mais laissait une belle part à la découverte et l’apprentissage des enjeux de la finance dans le monde des ONG américaines. Par ailleurs l’idée d’allier l’utile à l’agréable en travaillant dans le milieu culturel, entourée d’art moderne et contemporain me paraissait magique, et j’ai rapidement intégré l’équipe.

Après neuf mois dans ce poste, j’ai été approchée par la CFO de l’époque, qui m’annonçait son départ et me proposait de prendre sa relève. Bien que je n’avais pas anticipé une évolution si rapide, j’ai décidé, après réflexion, d’accepter le poste de CFO – non sans mélange d’excitation etd’appréhension.

Le défi s’est avéré stimulant. J’ai bénéficié du soutien bienveillant du Comité Financier de l’Assemblée Générale ainsi que du Directeur du musée, qui m’ont permis de prendre mes marques et d’appréhender rapidement les rouages opérationnels et enjeux philanthropiques de cette institution culturelle. Mon rôle de CFO a été d’autant plus propulsé au devant de la scène par l’arrivée du Covid qui à forcé la fermeture du musée pendant près d’un an, avec des séquelles encore vives aujourd’hui. Le challenge intellectuel était au rendez-vous. Assez rapidement, un modèle COO-CFO a émergé dans le milieu des musées et a été importé au SFMOMA par son nouveau directeur arrivé en 2022. Ce dernier m’a proposé le rôle de COO, que j’ai accepté tout en maintenant mes responsabilités en tant que CFO.

Mon évolution de carrière est le fruit d’aptitudes sans doute, mais aussi d’opportunités croisées sur mon chemin; le résultat d’une expérience acquise mais renforcée par de nombreux soutiens bienveillants en cours de route et qui permettent d’accuser les coups quand ils arrivent .  Aujourd’hui, j’ai l’immense privilège  de mettre mes compétences au service d’une organisation qui œuvre pour le plaisir et l’éducation des communautés de la Baie de San Francisco, et je suis convaincue que je suis là où je peux réellement apporter ma pierre à l’édifice.

MerciSF: Pour aborder le thème de la diversité, et de la parité hommes-femmes, comment cela se passe-t-il au sein de votre organisation ?

Rebecca: Dans les non-profits aux Etats-Unis, il y a généralement plus de femmes que d’hommes. Au SFMOMA, environ 60% des employés sont des femmes. Au niveau de l’exécutif, nous sommes une majorité de femmes. Sur les dix membres de l’exécutif, neuf sont des femmes. Quant à l’Assemblée Générale, il y a parité. La représentation des femmes n’est pas en question au musée et deux de mes objectifs sont d’assurer une égalité des opportunités, comme de rémunération à poste et performance équivalents.  Je suis reconnaissante des femmes et des hommes qui m’ont guidée et parrainée dans ma carrière. Ils ont été plusieurs le long du parcours et c’est avec évidence et résolution que je m’efforce de le “rendre” à d’autres, et peut-être plus particulièrement aux femmes qui construisent leur voie.  

Merci Rebecca

 

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