San Francisco a été la première grande ville d’Amérique du Nord à lancer, en 1996, un programme de collecte en bordure de trottoir des déchets alimentaires à des fins de compostage. La ville exige de tous ses habitants et de toutes les entreprises qu’ils séparent correctement les matières compostables et les matières recyclables afin d’éviter qu’elles ne soient mises en décharge. 

San Francisco s’est associée à Recology, une entreprise de récupération des ressources basée à San Francisco, qui collecte les déchets alimentaires et autres matières compostables auprès des particuliers et des entreprises, les transforme en compost fini, et le distribue ensuite aux exploitations agricoles locales pour les aider à cultiver des aliments plus sains et à économiser l’eau.

Le modèle de compostage et de recyclage de San Francisco a connu un tel succès qu’il a été reproduit par de nombreuses villes de l’État de Californie, des États-Unis et du monde entier. La France suit l’exemple de San Francisco en ayant adopté une nouvelle loi entrée en vigueur le 1er janvier 2024 qui rend obligatoire le “tri à la source” des bio-déchets pour éviter qu’ils ne finissent dans la poubelle d’ordures ménagères résiduelles.

Lors de la dernière réunion du Sustainability Committee de la Chambre de Commerce Franco-Américaine de San Francisco en décembre, MerciSF a eu la chance de rencontrer Robert Reed, champion du compostage et porte-parole de Recology, pour en savoir plus sur les nombreux avantages du compostage et sur la façon dont le modèle de compostage urbain de San Francisco est une source d’inspiration pour le reste du monde.


Pourriez-vous nous expliquer pourquoi le compostage est si important ?

Robert Reed : Le compostage présente de nombreux avantages.

Tout d’abord, il permet d’éviter la mise en décharge des matières compostables et de réduire les émissions de méthane.

Lorsque le compost fini est appliqué dans les fermes, les vergers, les vignobles et les prairies, il améliore la qualité du sol en piégeant le carbone et en l’enrichissant en nutriments et en minéraux qui alimentent les colonies microbiennes dans la couche arable, ce qui permet aux agriculteurs de produire des cultures saines en utilisant moins d’engrais commerciaux. Les exploitations agricoles et les ranchs utilisent également le compost pour faire pousser de la moutarde et d’autres cultures de couverture qui contribuent à protéger les précieuses couches arables de l’érosion.

Le Rodale Institute rapporte que les exploitations agricoles qui utilisent des techniques d’agriculture régénératrice, telles que l’application de compost, peuvent produire 30 % de nourriture en plus en cas de sécheresse par rapport à l’agriculture conventionnelle (Farming Systems Trial – Rodale Institute).

Le compost permet également d’économiser de grandes quantités d’eau. Le compost est une éponge naturelle qui attire et retient l’eau. Lorsque le compost retient l’humidité dans la couche arable, il améliore la santé du sol et la croissance des plantes, et contribue également à réduire le risque d’incendie. « Lorsque les plantes sont vertes et que le sol est humide, le feu n’a rien pour se nourrir », explique Matthew Engelhart, agriculteur spécialisé dans la régénération.

Le compostage améliore également les programmes de recyclage. Lorsque les déchets alimentaires sont collectés séparément, ils n’entrent pas en contact avec le papier recyclé. Cela permet aux villes de produire des balles de papier recyclé de meilleure qualité.

Moins connu, le compostage crée trois fois plus d’emplois que la mise en décharge.

Enfin, le compostage aide les villes à progresser de manière significative vers l’objectif « zéro déchet ».

Il est absolument essentiel d’informer les habitants et les propriétaires d’entreprises sur ces avantages pour garantir une forte participation aux pratiques de compostage.


À votre avis, pourquoi le compostage à domicile est-il essentiel et facile ?

RR : Selon les experts en climatologie, le compostage est l’un des moyens les plus faciles pour l’homme de contribuer à ralentir le changement climatique.

Le fait de laisser les déchets alimentaires se décomposer dans les décharges crée du méthane, un gaz à effet de serre des dizaines de fois plus puissant que le dioxyde de carbone, et les décharges sont la troisième source de méthane aux États-Unis.

Selon l’EPA, les déchets alimentaires et les déchets de jardin représentent plus de 30 % des quantités de déchets typiques. Il s’agit de près d’un tiers de nos déchets qui pourraient non seulement être détournés des décharges, mais qui ont aussi le potentiel de créer du compost naturel et fini, si bénéfique pour notre planète et notre santé.

Dans des villes comme San Francisco, il est très facile pour les habitants de composter chez eux. La ville distribue gratuitement des seaux de compostage pour aider les habitants à se débarrasser de leurs déchets alimentaires dans leur cuisine. Les foyers reçoivent également des poubelles vertes pour la collecte en bordure de trottoir de tous les matériaux compostables (déchets alimentaires et déchets de jardin tels que les feuilles et les bouts de bois).


Comment fonctionne le programme de compostage de San Francisco ?

RR : Les habitants et les entreprises déposent leurs matières compostables dans les poubelle vertes destinés à la collecte sélective.

Toutes les propriétés disposent de cette poubelle verte pour la collecte du compostage en bordure de rue dans le cadre du service standard à trois poubelles de San Francisco. Chaque semaine, les camions de Recology qui desservent les quartiers viennent chercher les matériaux collectés dans les poubelles vertes des maisons de la ville. Recology vide les poubelles de compostage plus fréquemment dans les immeubles d’habitation et les entreprises.

Grâce aux programmes de recyclage et de compostage, la ville collecte chaque jour près de 1 000 tonnes de matériaux recyclables et
compostables, ce qui permet de détourner la majeure partie des déchets de la ville des décharges.

Tous les déchets alimentaires sont transformés en compost de haute qualité en seulement 60 jours à Blossom Valley Organics North, une installation de compostage en plein air située à l’est de la ville, puis vendus à des fermes, des vignobles et des vergers locaux dans un rayon de 160 km autour de l’installation. Il s’agit d’un circuit très local. Les déchets alimentaires devraient retourner aux exploitations agricoles, d’où ils proviennent à l’origine, sous forme de compost fini, et les aider à cultiver des aliments plus sains et à économiser l’eau.


Qu’est-ce qui a contribué au succès du programme de compostage urbain de San Francisco ?

RR : La participation obligatoire a été un facteur déterminant. San Francisco a adopté une ordonnance, une loi locale, en 2009 rendant obligatoire la participation de toutes les propriétés au programme de collecte sélective de recyclage et de compostage.

Nous avons offert gratuitement des seaux de compostage, des étiquettes pour les poubelles, des panneaux, des formations multilingues et des boîtes à
outils pour les bâtiments commerciaux. Comme de nombreuses langues sont parlées à San Francisco, nous avons choisi d’apposer des photos sur les poubelles vertes (en plus de quelques mots en anglais, en espagnol et en chinois), indiquant ce qui peut être composté et ce qui ne peut pas l’être. Nous publions également un bulletin d’information à l’intention des usagers, qui contient des articles sur les avantages du compostage et du recyclage. Je m’efforce également de faire publier des articles sur les restaurants qui adoptent le compostage et sur les vignobles qui utilisent le compost de la ville. La ville impose parfois des sanctions à ceux qui ne respectent pas les directives.

En plus de souligner les raisons environnementales et sociales de composter, la ville de San Francisco applique des tarifs plus bas pour le compostage et le recyclage que pour la mise en décharge. Le calculateur de tarifs résidentiels montre que le coût mensuel pour une propriété résidentielle d’une poubelle de compostage de 32 gallons est de 7,33 dollars. C’est la moitié du coût d’une poubelle de même taille destinée à la mise en décharge. Les clients commerciaux peuvent également bénéficier de remises sur le réacheminement en recyclant et en compostant et en réduisant la taille de leur poubelle.

La clé du succès du compostage consiste également à obtenir l’adhésion des enfants. La meilleure façon d’inciter les adultes à composter est de mettre en place des programmes de compostage dans les écoles. Recology donne du compost aux jardins scolaires, ce qui fait forte impression sur les enfants.

Les enfants rentrent chez eux et demandent à leurs parents : « Pourquoi ne compostons-nous pas à la maison ? Dès le lendemain, un seau de compostage se trouve dans la cuisine, et ils s’y mettent.

Nous veillons activement à ce que le compostage fasse partie du débat à San Francisco en organisant des présentations dans les communautés et les salles de classe, en publiant des articles et en mettant en avant le compostage sur les médias sociaux.


Pouvez-vous nous dire ce qu’il advient du compost fini ?

RR : Le compost fini est appliqué dans les fermes, les vignobles, les vergers et les prairies, ce qui améliore la santé du sol, augmente la production du sol et conduit à la production d’aliments plus sains. Il a été démontré que les exploitations agricoles qui utilisent du compost produisent des produits plus riches en nutriments.

Comme mentionné précédemment, le compost fini aide également à séquestrer le carbone en profondeur dans le sol, en particulier lorsqu’il est utilisé pour cultiver des plantes de couverture qui ombragent la couche arable et augmentent la photosynthèse.

Lors de la dernière réunion du comité de développement durable de la FACCSF en septembre, John Wick, du Marin Carbon Project, a présenté des recherches approfondies montrant que l’utilisation du compost pour cultiver des prairies permet de séquestrer d’énormes quantités de carbone dans le sol.


Comment San Francisco a-t-elle influencé le reste de la Californie, d’autres États américains, et d’autres pays dans le monde ?

RR : Le succès de la collecte sélective de biodéchets de San Francisco a contribué à modifier la législation de l’État. Désormais, les 400 villes et 58 comtés de Californie doivent réduire de 75 % la quantité de matières compostables qu’ils envoient à la décharge. Aujourd’hui, les municipalités de tout l’État reproduisent le programme de poubelles vertes de San Francisco.

Los Angeles a rendu obligatoire la collecte des déchets alimentaires en porte-à-porte pour le compostage à partir de janvier 2023. La ville de New York a commencé à mettre en place une collecte des déchets alimentaires à l’échelle de la ville en février dernier. Des centaines de villes et d’universités ont suivi l’exemple de San Francisco et mis en place des programmes de collecte des déchets alimentaires à des fins de compostage.

La réussite de San Francisco en matière de compostage attire l’attention du monde entier.
Nous avons reçu des délégations de 135 pays comprenant des hauts fonctionnaires, des journalistes et des étudiants du Brésil, de Chine, d’Italie, de Taïwan, du Canada, d’Australie, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de bien d’autres pays encore. Les personnes qui étudient le programme estiment qu’il devrait être reproduit dans de nombreux endroits du monde.


Pouvez-vous nous expliquer comment la France s’est inspirée du programme de compostage de San Francisco, et le rôle que vous avez joué pour faciliter le déploiement du premier programme pilote ?

RR : Au cours des six années qui ont précédé COVID, j’ai été bénévole pour Zero Waste France pendant mes congés. Ils ont organisé des conférences dans plus de 30 villes et j’ai fait des présentations sur le programme de compostage de San Francisco. Parmi les villes où j’ai fait des présentations, citons Lille, Strasbourg, Toulouse, Paris, Roubaix, Nantes, Lyon, Chambéry, Grenoble et bien d’autres. La plupart de ces visites ont donné lieu à des interviews et à une couverture par les médias locaux.

J’ai participé à cinq films documentaires, dont Tomorrow, qui est resté 42 semaines à l’affiche des cinémas français et a été projeté dans des pays du monde entier.

Nous avons donc contribué à faire du compostage un sujet de discussion en France.

Mao Pininou, alors Adjoint à la Maire de Paris, et Patrick Geoffray, alors Directeur de l’Environnement et de l’Eau, Ville de Paris, sont venus à San Francisco pour étudier notre programme de compostage en 2017. Nous avons travaillé en étroite collaboration pendant 3 jours et partagé des idées clés. Ensuite, ils ont introduit la collecte des déchets alimentaires pour le compostage dans deux arrondissements.

La France vient de franchir une étape très importante. Une nouvelle loi vient d’entrer en vigueur en France au 1er janvier 2024 rendant obligatoire le tri à la source des biodéchets, c’est-à-dire la séparation des déchets organiques (restes alimentaires) des ordures ménagères résiduelles, afin de permettre leur valorisation organique et leur retour à la terre, que ce soit pour l’agriculture ou le jardinage.

L’obligation s’applique aux collectivités locales, et non aux citoyens : en tant que prestataires de services publics de gestion des déchets, elles doivent fournir à tous leurs citoyens une solution de tri à la source des déchets organiques. Ce n’est pas aux citoyens d’acheter leur propre composteur, mais à leur collectivité locale de leur proposer une solution de tri.

Je me réjouis des progrès accomplis en France et cette nouvelle loi est porteuse de beaucoup d’espoir pour réduire les déchets et développer les pratiques de compostage.

Un grand mérite revient à l’équipe de Zero Waste France, qui a fait des programmes de compostage municipal un sujet de discussion en France et qui aide à la mise en œuvre.
Vous pouvez en savoir plus sur les programmes « zéro déchet » en France sur ce site.


Quelles sont les dernières réflexions que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ?

RR : Comment résoudre un problème complexe ? En proposant la bonne combinaison de solutions. L’une d’entre elles est le compostage de nos déchets alimentaires. Une autre consiste à appliquer le compost dans les fermes et les prairies.

Rendre à la terre ce qu’elle nous a donné par un modèle de compostage circulaire et local. 

 

Merci Robert Reed

 

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