Après avoir brillé pendant plus de 10 ans au San Francisco Ballet, Mathilde Froustey, entame de nouvelles aventures. Cette danseuse étoile formée en partie à l’Opéra de Paris, quitte San Francisco pour rentrer à l’Opéra de Bordeaux et se rapprocher de son Sud Ouest natal. Elle se confie sans fard sur la vie de danseuse et de maman

Bonjour Mathilde. Vous êtes danseuse étoile et vous avez aussi un petit garçon de 20 mois. Comment faites-vous littéralement le grand écart entre les exigences de la danse et celles d’être parent ?  

San Francisco Ballet n’a jamais empêché ses danseuses d’être maman. Il y a plus de 20 ans, trois danseuses étoiles avaient déjà des enfants et il y a même eu une biographie publiée sur ces trois femmes (Balancing Acts, by Lucy Grey). Bien entendu, ça ne signifie pas qu’il soit facile de combiner ces deux rôles. En ce moment, je ne me sens à l’aise nulle part et coupable partout : si je danse, j’ai envie d’être auprès de mon fils, si je suis avec lui, j’ai le sentiment que je devrais m’entraîner davantage. Je l’emmène au studio pour combiner les deux mais c’est compliqué. Après sa naissance également, je me suis remise au travail, très vite (je l’allaitais encore) alors que j’aurais sans doute eu besoin d’un peu d’accompagnement psychologique. Mais il grandit et cela va peu à peu s’améliorer, je pense.

A ce sujet, le public est très avide d’informations sur la vie des danseurs, notamment leur vie personnelle, une fois que le rideau tombe. C’est un métier qui semble un peu magique vu de l’extérieur.  

Depuis plusieurs années, les danseurs postent beaucoup d’infos sur les réseaux sociaux. C’est une façon de se connecter avec le public et de leur montrer l’autre côté du miroir : le moins glamour mais aussi tous les efforts et les émotions. Ou simplement comment se déroule une journée.  

Une nouvelle carrière vous attend désormais outre-Atlantique, qu’en espérez- vous ?   

C’est un nouveau défi, un autre style…je retrouve l’Europe. Je voudrais encore et toujours m’améliorer en tant que danseuse, développer de nouveaux personnages, d’autres ballets, puis petit à petit préparer ma reconversion. Un rôle de leadership ?

Vous avez passé dix ans à San Francisco Ballet (SFB), quel en est votre bilan ?

SFB a été une formidable expérience. J’ai étudié puis travaillé depuis mes 15 ans à l’Opéra de Paris, une vénérable institution. Là bas, la tradition est d’assimiler le style de danseurs déjà accomplis : on veut devenir comme “Dorothée Gilbert” ou comme “Aurélie Dupont”. A San Francisco Ballet, c’est un autre processus : on crée son propre style. Helgi Tomasson m’a engagée et m’a aussitôt annoncé « voilà, ici tu vas désormais créer Mathilde Froustey”. C’était une vraie liberté qu’il m’a offerte. Je pouvais décider quel style donner à mes personnages. Je pouvais même les faire varier d’un jour à l’autre. Le public entre en résonance avec ce processus.  

Quels ont été vos rôles préférés ?

Je dirai “ Giselle, Don Quichotte, et Roméo et Juliette”.  Ces rôles m’ont appris non seulement à perfectionner ma technique mais aussi à peaufiner mes personnages. La technique se développe plus vite au début, puis quand le corps commence à souffrir davantage, ce sont les personnages qui prennent du galon. Les larmes de Gisele n’ont pas la même acrimonie quand on la danse à 20 ans ou à 40 ans. Les bagages émotionnels de la vie s’accumulent et sont très utiles. On y puise ce que l’on cherche à exprimer au public. 

Vous parlez du corps qui souffre, comment gère t-on cette douleur ?

La douleur est le baromètre du danseur. Sans douleur, cela signifie qu’on ne se pousse pas suffisamment. Trop de douleur et on ne peut plus danser. C’est un étalon de valeur quotidien. Chaque matin, en classe, tous les danseurs sont un peu rouillés et endoloris par le travail de la veille. Mais on ne panique pas, on s’assouplit peu à peu puis l’énergie revient.  

Vous quittez San Francisco Ballet dans quel état d’esprit ?

Cela m’attriste de quitter mes amis mais je m’en vais le cœur léger avec un immense sentiment de gratitude. Helgi Tomasson m’a beaucoup enseigné. A Paris, j’ai appris à devenir danseuse. A San Francisco Ballet, je suis devenue moi-même.



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