Arthur Perez est un urbaniste français, relocalisé à San Francisco 

Nous l’avons rencontré lors de La Nuit des Idées où il participait à un panel avec Mathilde Billet -architecte résidente de la Villa Albertine – “Make More Doughnuts*! Let’s Make sustainable cities!” 

Fort de son parcours sur les deux continents, Arthur nous explique les spécificités de la profession entre la France et les Etats-Unis. Nous avons également voulu en savoir davantage sur les projets sur lesquels il est amené à travailler à San Francisco, tels que la revitalisation de Downtown ou encore la restauration du front de mer. 

Bonjour Arthur. Pour clarifier, peux-tu nous expliquer la différence entre “planner”, “designer urbain” et “urbaniste” ? 

Aux US, le planner est chargé de l’élaboration de stratégies urbaines et des aspects réglementaires de l’urbanisme, le designer de sa conception. En Europe, l’urbaniste porte les deux casquettes et exerce une mission très interventionniste : il cumule le role stratégique et de conception…C’est un système “top to bottom”. 

Aux US, le planner a une fonction plus régulatrice de la ville : Il détermine les conditions dans laquelle la ville va pouvoir se développer, etc. Le designer va traduire une vision stratégique en un plan concret sur le territoire – dimensionner les espaces – qualifier les usages etc., avec les acteurs concernés, les promoteurs, les citoyens, les élus, et en atelier pour concevoir le design de ce qu’il a, auparavant, analysé. Le système, ici, est “bottom up”. 

Comment un projet urbain se réalise-t-il ? 

A l‘origine, il y a souvent un promoteur qui a acheté des terrains ou des immeubles et veut les transformer. Son image de marque entrera en résonance avec le reste de la ville,

Illustration ©SITELAB urban studio

aussi il travaille en coopération avec les citoyens du quartier afin que l’espace public profite à tous, qu’une partie de la construction leur revienne et bénéficie à leurs activités. L’idée est de retisser le paysage urbain pour qu’il fonctionne mieux et de manière plus conviviale. Par exemple, nous avons travaillé sur le projet 5M à San Francisco, aux alentours de Mission et 7th Street, où résidait une grande communauté philippine. Le promoteur a délimité certains espaces de son projet de bureaux/logements, qui sont privés mais accessibles au public (on les appelle les POPAs: Privately Owned Publicly Accessible), et s’est assuré de réserver une place à la communauté par la création d’espaces publics, la préservation du tissu commercial et la création de locaux à destination des associations du quartier. En échange de ces “public benefits”, le projet a pu bénéficier de davantage de constructibilité ; tout le monde y gagne. 

Quelle est la méthode employée ?

A SiteLab, nous considérons que chaque territoire peut trouver sa propre méthode. Mais d’une manière générale, nous essayons de déterminer l’historique du lieu, afin de bien le replacer dans son contexte. Nous consultons les citoyens sur leurs souhaits, leurs besoins… et nous essayons de planifier une vision prospective du lieu, parfois jusqu’à 100 ans. C’est un travail collaboratif : les promoteurs financent les opérations, parfois avec l’aide des pouvoirs publics, voire certaines levées de fonds citoyens. 

La philosophie ? 

“Une ville se construit par sa base” ce qui veut dire en substance que tous les ingrédients déjà posés (habitants, histoire, typologie…) seront pris en compte plutôt que de parachuter un nouveau projet créé sans ce contexte. 

Quel a été ton parcours professionnel ? 

Je suis architecte à la base mais après plusieurs années de pratique, j’ai trouvé que la profession d’architecte était trop focalisée sur l’acte de construire. Construire n’est pas forcément la réponse la plus adéquate. J’ai donc poursuivi des études d’urbanisme puis j’ai appris à développer ce nouveau travail à Paris d’abord puis à San Francisco, chez SITELAB. J’enseigne aussi aux Ponts et Chaussées. 

Quels sont les projets actuels pour revitaliser San Francisco? 

D’abord Downtown souffre d’un problème de perception, et cela a vraiment un impact sur la redynamisation. Il est urgent de créer des environnements plus inclusifs pour tous et de créer accès et opportunités pour les visiteurs et les entreprises à prospérer dans un paysage post-COVID. Ensuite, il y a l’embarassant problème du manque de logements ainsi que celui des bureaux vides. Mais les convertir ne suffira pas : il faut un vrai projet pour redynamiser Downtown, avec des parcs, des commerces, des espaces publics, de la mobilité, et redonner aux citoyens l’envie d’y emménager. Tout ceci sont des portes d’entrées pour penser cette revitalisation, et nous à SITELAB nous entrons dans le sujet par les espaces publiques. La ville, par le biais de “non profit organization” s’y attèlent et nous travaillons avec eux sur de petits projets de revalorisation des allées dans le Downtown qui attirent le temps d’une promenade, d’un événement et créent l’envie de redécouvrir un quartier. 

Image courtesy of © SiteLab urban Studio

Un autre exemple, depuis deux ans SF Downtown Partnership présente le projet “Let’s glow” où des images et vidéos sont projetées sur les murs du quartier au moment des fêtes de fin d’année. L’hiver dernier nous y avions participé en ajoutant des événements culinaires, du mobilier, etc, pour rendre l’espace convivial et ainsi changer sa perception. Ou transformer certaines rues en zone piétonne et y créer des événements festifs, des expositions, etc. 

Ensuite, il y a le changement climatique qui inévitablement va remodeler la physionomie des villes.

A San Francisco, une grosse partie du front de mer est déjà en danger d’effondrement, en cas de séisme. On s’y emploie dès aujourd’hui au bureau, en élaborant des plans stratégiques sur 100 ans : toute la zone des jetées va être adaptée pour être résiliente sur le long terme, avec la montée du niveau de l’eau, mais toujours avec cette idée de travail constant avec les résidents, et les différents acteurs publics et économiques de la ville.

Il ne faut pas que la ville perde sa relation à la baie avec un mur qui la protège des inondations. San Francisco est une ville côtière, qui en tire une grande partie de sa beauté, et entend bien le rester. D’abord, on va restructurer les berges qui sont dangereusement instables, puis on va réhausser le front de mer, le transformer en paysage urbain, avec des parcs et des bâtiments, conserver les éléments historiques et en développer d’autres plus en adéquation avec l’évolution des usages ; c’est un projet de très longue haleine avec de multiples intervenants. 

* La “Doughnut Economy” est un système économique, développé par Kate Raworth, basé sur la préservation de l’environnement et l’urgence des besoins humains. L’idée est de maintenir un équilibre entre nos besoins et les ressources disponibles plutôt que de pousser la croissance à tout prix.

 

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