Début 2022, la Villa Albertine San Francisco accueillait Chloé Jarry, Aude-Emilie Judaïque et Anne-Laure Amilhat-Szary afin qu’elles puissent travailler dans un même lieu, sur leur projet commun d’exposition appelé Exploring Borders.

Respectivement productrice d’expériences immersives, documentariste à Radio France, géographe spécialiste des frontières, il ne faut pas moins de ces trois profils différents pour mener à bien leur ambitieux projet : monter une exposition itinérante, interactive et immersive qui nous aidera à appréhender le vaste sujet des frontières.

Frontières politiques, frontières naturelles, frontières temporaires, frontières artificielles… Il en existe de toutes sortes. Elles font partie de nos vies sans que nous en soyons toujours conscients, même si l’actualité nous a récemment rappelé à l’ordre à travers la pandémie ou les conflits armés ; reconnaissons que les frontières s’invitent régulièrement dans nos vies quotidiennes. 

Aude-Emilie Judaïque

Aude-Emilie Judaïque

Aude-Emilie Judaïque, qui est à l’origine de ce projet d’exposition, a donc particulièrement à cœur de le mener à bien et d’en voir la première itération dès que possible. 

Productrice de documentaires radiophoniques sur France Culture (les podcasts ici), elle a longtemps travaillé sur le sujet des migrations et c’est ainsi que ses recherches sur les phénomènes migratoires à travers l’Histoire, l’ont amenée à se poser la question des frontières. 

Elle précise : “En 2016, alors que je continuais de m’intéresser aux migrations de populations, je me suis focalisée sur les latinos qui venaient aux Etats-Unis ; le sujet du “mur” était alors brulant. J’ai découvert ceux que l’on appelle les Chicanos et leur culture. A l’origine, ce groupe ethnique qui vit au Texas et en Californie n’a pas immigré comme on a tendance à le croire. Ils n’ont pas traversé les frontières, ce sont les frontières qui les ont traversé quand leurs territoires ont été annexés en 1848 à la fin de la guerre entre les Etats-Unis et le Mexique. Et c’est en les rencontrant que j’ai réalisé combien la frontière est une construction humaine”. 

Alors qu’elle réfléchissait comment construire cette exposition Exploring Borders, elle confie qu’elle a eu envie “d’écrire un scénario pour une expérience en réalité virtuelle. Je voulais parler de la relation paradoxale que l’on a vis-à-vis du « mur » ; comment le « mur » nous protège dans nos maisons par exemple, mais comment en même temps, le « mur » nous isole et nous enferme”. 

Aude-Emilie est alors entrée en contact avec Chloé Jarry, CEO, co-fondatrice de Lucid Realities Studio et productrice d’expériences en réalité virtuelle. Cette dernière décrit son rôle en quelques mots : “Quand on nous soumet un projet, je dois trouver des financements et réunir les équipes techniques adéquates”. 

Chloe Jarry

Chloé Jarry à la Villa Albertine San Francisco. Photo Sabrina Bot

Il semblerait que cette ex-éditrice de livres d’art apporte un peu plus que cela dans les projets qu’elle mène à bien avec ses équipes. En effet, plusieurs des réalisations de Lucid Realities Studio ont été primées à la Biennale de Venise et même présentées au Festival de Cannes. 

Les équipes de Chloé Jarry ont ainsi aidé la journaliste à travailler le scénario, afin de rendre son idée la plus “réelle” et la moins “virtuelle” possible. 

Pour cela, Aude-Emilie ajoute : « C’est l’expérience de la frontière qui la rend réelle. La réalité virtuelle est très pertinente sur le sujet car c’est le seul média qui permette d’en éprouver la sensation. Je souhaite que le visiteur devienne acteur et pas seulement spectateur en participant à cette exposition”. 

Sans décrire le scénario en détail, elle raconte : “La partie de l’exposition en réalité virtuelle va ainsi permettre au visiteur de l’exposition de voir la terre depuis le ciel mais au fur et à mesure de voir les frontières se matérialiser, et de ressentir la présence d’un mur… ce mur qui entoure et qui enferme”. 

Elle ajoute “Les frontières étant une construction mentale, la réalité virtuelle déplace les lignes entre la réalité et la virtualité. Elle permet aux gens de s’affranchir des pesanteurs et des contraintes du réel et d’essayer d’imaginer d’autres façons de faire frontière. C’est la raison pour laquelle, au cours de l’expérience, on va proposer aux participants d’inventer leur frontière et de partager leur création, leur vision de la frontière avec les autres visiteurs« .

Tout au long de l’entretien, Aude-Emilie Judaïque insiste sur le fait que son projet n’est pas conçu pour être vécu en solo. L’expérience prendra tout son sens si les visiteurs de la future exposition peuvent se rencontrer et échanger sur leur expérience. 

La partie qui fait appel à la réalité virtuelle sera précédée et soutenue par une exposition explicative sur le sujet des frontières. C’est principalement à ce moment-là qu’Anne-Laure Amilhat-Szary aura un rôle clé puisque sa spécialité est la géographie politique qu’elle enseigne à Grenoble. 

Trois repères pour le projet à ce stade :

  • Une première itération de l’exposition sera ouverte au public en 2024 dans un musée Nord Américain,
  • Des discussions sont en cours avec des institutions locales pour amener l’exposition dans la baie de San Francisco,
  • L’objectif est de faire voyager ce projet dans le monde. En effet, il est conçu pour être modulaire et permettre à des espaces très différents d’accueillir tout ou partie de son contenu.

Nos protagonistes ne manquant pas de créativité, elles travaillent déjà sur une série documentaire qui permettra d’imaginer les frontières autrement. L’idée de fond est de faire parler politiques et artistes, et d’hybrider les points de vue autour de la notion de frontières.

Voilà donc un projet de la Villa Albertine San Francisco qui devrait résonner bien au-delà de la frontière géographique que représente la Baie de San Francisco.

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