je ne serais pas arrivee la si

Judith Henry, Annick Cojean, Julie Gayet – photo @ Stéphane de Bourgies

Le 3 mars au TLF de San Francisco, les comédiennes Julie Gayet et Judith Henry vont prêter leur voix à six femmes qui ont toutes été interviewées par Annick Cojean, auteure et grand reporter au journal Le Monde.

Durant cette soirée spéciale, au-delà d’accueillir Julie Gayet et Judith Henry qui interpréteront tour à tour les portraits de Gisèle Halimi, Virginie Despentes, Amélie Nothomb, Francoise Héritier… le TLF recevra aussi Annick Cojean pour répondre aux questions du public.

En attendant, nous avons le plaisir de partager l’échange que nous avons eu avec Julie Gayet qui s’est prêtée au jeu de l’interview.

Comment envisagez-vous cette représentation à San Francisco ?

« Je suis ravie de venir à San Francisco pour cette pièce et la présence d’Annick Cojean, l’auteure du livre « je ne serais pas là si… » est un vrai plus pour nous. Depuis le début des représentations, elle n’est venue que trois ou quatre fois en bord de plateau mais son regard apporte énormément.

Cela permet de mieux la connaitre et de comprendre comment elle arrive à mettre en mots ces paroles de femmes. Ce sont de longues interviews. Annick Cojean est très en empathie, elle prend beaucoup de temps pour comprendre la personne qu’elle a en face d’elle et arriver à résumer l’essence de cette personne en 5000 ou 10000 signes. Cela tient parfois de l’haiku pour condenser une vie mais elle y arrive toujours avec beaucoup de talent. »

Comment avez-vous choisi ces six portraits de femmes parmi tous ceux du livre qui en compte plus de trente ?

« La sélection, c’est vraiment le travail de Judith Henry. Avant que je ne sois impliquée dans ce projet, Judith avait déjà lu pendant un festival, quelques portraits avec Annick qui était alors dans son propre rôle de journaliste alors que Judith jouait les personnages.

Puis Judith a eu envie d’en faire une lecture au Festival Paroles Citoyennes, et m’a proposé de participer avec elle. Elle m’a donc laissé le livre « Je ne serai pas arrivée là si… » qui venait d’être publié.

Elle avait déjà présélectionné quelques portraits dont on a parlé ensemble mais c’est vraiment le choix de Judith.

Ensuite c’était plutôt nos sensibilités respectives qui nous ont guidées. Judith en lit certains et moi d’autres ; on se passe la parole l’une après l’autre, on alterne le rôle de la journaliste et de l’interviewée.

On ne voulait pas que le spectacle soit trop long mais surtout que cela soit une sorte de parole universelle, que ces portraits parlent au plus grand nombre.

Je précise que l’on a fait le choix d’éviter les portraits des femmes qui avaient été interviewées en langue étrangère puis traduites en français pour leur parution dans Le Monde.

On voulait vraiment dire leurs mots à elles, on voulait respecter leur vocabulaire.

On a donc choisi des portraits francophones comme Amélie Nothomb ou Virginie Despentes qui avec son vocabulaire percutant et sa façon de s’exprimer est à l’image de sa littérature. On voulait respecter le champ lexical de chacune et donc ne pas passer par la traduction ».

Parmi les femmes que vous interprétez, est-ce qu’il y en a une qui vous touche plus que les autres ?

« J’ai une sensibilité particulière pour Gisèle Halimi qui a été très importante sur le droit des femmes en France et dont l’interview a été réalisée un an avant sa disparition.

Finalement ce qu’elle raconte est presque encore valable aujourd’hui. Cet engagement très fort dès toute petite sur la différence, ce renvoi à la question du genre avec cette phrase qu’elle dit à son père : « c’est pas juste, c’est pas juste ! ».

J’ai ressenti ça aussi très jeune car j’ai grandi avec des frères, moi aussi j’ai souvent dit :  « C’est pas juste ! Pourquoi mes frères peuvent faire ça et pas moi ? ».

Je suis donc très sensible au personnage de Gisèle Halimi mais chacune est passionnante. Je pense par exemple à Françoise Héritier, l’anthropologue que je connaissais mal et que j’ai appris à découvrir à travers le livre. » 

Au-delà de votre métier d’actrice, vous avez une société de production, Rouge International. C’est plutôt un métier qui a une connotation masculine. Comment faites-vous pour réussir dans ce monde d’hommes ?

Quand j’ai choisi le mot « rouge » pour le nom de ma société de production, je voulais que ce soit un mot français, et que ce ne soit pas trop féminin, trop girly. Et puis les étrangers savent prononcer le mot rouge. Rouge, c’est aussi une couleur qui a une connotation engagée, énervée. Le choix a été fait sciemment en se disant que ce n’est pas trop féminin Julie Gayet TLF San Franciscocomme nom de société parce que c’est un monde d’hommes.

Il arrive parfois, lors de rendez-vous, parce que je suis venue avec un coproducteur, un réalisateur ou un partenaire homme, que l’on s’adresse plus à lui ou totalement à lui et pas forcément à moi.

Heureusement, c’est en train de changer et c’est tant mieux. Il y a de grandes productrices qui nous ont ouvert la voie et aujourd’hui aux Etats-Unis, il y a beaucoup de femmes qui sont arrivées à la tête des studios. Je pense que les choses évoluent.

Je viens de rencontrer Women in Animation à Annecy, une association américaine pour l’égalité des femmes dans l’animation qui a lancé le 50/50 en 2025. Nous, avec l’association des réalisatrices/productrices du cinéma français, on avait lancé 50/50 en 2020.

Je pense qu’avec 2025, elles étaient beaucoup plus réalistes que nous pour la parité dans notre métier ! »

Si on devait résumer en un seul mot votre force pour réussir ?

« Le concret, les faits, les actes, j’aime le « maintenant on agit », l’action.

Il faut compter les femmes pour qu’elles comptent, faire des études, demander des chiffres, faire signer une charte aux festivals internationaux, demander combien de films faits par des femmes sont sélectionnés…

Et les choses bougent. Au CNC, il y a maintenant une bonification de 25% de financement supplémentaire s’il y a au moins cinq femmes chefs de poste sur un film, un quota de réalisatrices à la télévision…

Le CNC fait même un stage pour prévenir le harcèlement sur un plateau. On ne peut plus toucher leurs aides sans avoir suivi cette formation.

J’essaie d’être concrète, dans l’action ».

Vous-même vous avez un parcours très intéressant. Si je vous posais la question à vous « je ne serais pas arrivée là si… »

« … Si je n’avais pas rencontré Agnès Varda.

J’ai fait mon premier long métrage avec elle. Elle m’a emmenée à Los Angeles. J’ai découvert ce cinéma mondial et au travers d’Agnès, une femme qui était dans l’action et qui était justement dans le faire, pas dans les mots. »

« Je ne serais pas arrivée là, si… » est un livre d’Annick Cojean publié chez Grasset.

Date : le 3 mars 2022 à 19h30
Adresse : Théâtre Erick Moreau – 1201 Ortega Street – San Francisco
Achetez vos billets, cliquez ici

La pièce va voyager à Los Angeles et vous pourrez y assister le :
Date : 5 mars 2022 à 20h
Adresse : Théâtre Raymond Kabbaz – 10361 W Pico Blvd, Los Angeles, CA 90064
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