Qu’aurait pensé Jiro Taniguchi de l’adaptation du Sommet des Dieux ? Mort prématurément en 2017, l’auteur de mangas le plus européen du Japon, a juste eu le temps de voir le scénario et les dessins préparatoires de ce qui s’annonçait comme une version animée très prometteuse de l’ouvrage.

La promesse est tenue.

Le Sommet des Dieux grimpe lentement mais sûrement vers les cimes du cinéma d’animation. Le défi était pourtant de taille. Vendu à 380 000 exemplaires en France, le manga en cinq tomes édités chez Kana, est un long et vaste récit d’aventures sur les traces des pionniers de l’ascension de l’Everest doublé de l’exploration de la psyché de personnages dévorés par leurs obsessions.

Le reporter Fukamachi et l’alpiniste Habu Joji ne pensent qu’à la montagne, mais pas de la même manière. Quand le premier croise le second dans un bazar de Katmandou, en sommet des dieux1994, il croit tenir un scoop. Non seulement Joji a disparu des parois depuis plusieurs années, mais il a entre ses mains un objet qui fait tressaillir le journaliste. Croyant tenir la clé de l’une des plus grandes énigmes de l’alpinisme, Fukamachi se lance sur les traces de Joji. Son enquête approfondie est l’occasion pour Patrick Imbert et sa scénariste Magali Pouzol de raconter, lors d’habiles flash-back, la quête de l’alpiniste taiseux et obstiné qu’est peu à peu devenu Joji.

Une petite laine est d’ailleurs recommandée aux spectateurs, tant ces séquences sont crédibles : les accros de la grimpe devraient retrouver quelques sensations fortes, tandis que les adeptes du plancher des vaches auront leur lot de sueurs froides. Car l’immersion est totale dans ces paysages superbes, soigneusement travaillés entre peinture et photographie, mettant en valeur les atmosphères, qu’elles soient celles d’un surplomb glacé ou d’un délire mortifère.

Interrogé sur les potentialités du cinéma d’animation, Patrick Imbert nous explique que « justement, ce cinéma, en 2D, permet ces tensions entre réel et imaginaire, ces aplats de peinture ou la ligne claire délicate qu’il utilisait dans Ernest et Célestine« .

Pour mieux raccorder ces séquences temporelles, une voix off se fait entendre, celle du journaliste qui s’acharne à trouver une piste et, à force de recherches, finit par mieux comprendre les motivations profondes d’un homme rongé par la culpabilité. Cela pourrait n’être qu’une béquille narrative, mais c’est bien davantage : comme dans les bons vieux films noirs, cette voix est aussi celle du narrateur qui raconte son histoire une fois que les jeux sont faits.

La voix du destin en somme. Ou de la fatalité…

Le film est produit entre autre par Jean-Charles Ostorero, et Didier Brunner (Les Triplettes de Belleville, Ernest et Célestine). Il est réalisé par Patrick Imbert, écrit par Magali Pouzol, Patrick Imbert et Jean-Charles Ostorero.

Le travail a commencé en 2015 avant que le film soit présenté en avant première à Cannes où il faisait partie de la sélection officielle du festival en 2021. Il devrait sortir aux  États-Unis en salles le 24 novembre et sur Netflix le 30 novembre.

Isabella Demeulenaere

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