Kelsey Westphal est actuellement l’artiste invitée de la Villa San Francisco. Sa présence reflète le soutien que la Villa San Francisco apporte à la scène artistique locale pendant cette pandémie.
A notre grande surprise, nous avons fait l’interview en français et en anglais car Kelsey Westphal est l’artiste la plus imprégnée de culture française que nous ayons rencontrée à la VillaSF comme vous le découvrirez tout au long cet entretien.
Comment vous décririez-vous ?
« Je dirais que je suis une artiste visuelle ou juste une artiste. La bande dessinée a résolument imprégné toutes les formes d’art que j’essaie de faire… J’ai récemment fait des scènes compliquées sous forme de grands panoramas avec un stylo, encre et peinture, ainsi que de courtes animations et de la musique, mais je ne peux pas m’empêcher d’essayer d’insérer un récit et / ou de l’humour dans mes peintures et mes chansons. Je suppose que vous pourriez attribuer cela à mon amour de la bande dessinée ».
Quel est le moteur de votre quête artistique ?
«Je veux rendre la vie plus intéressante, rencontrer des gens qui n’ont apparemment rien à voir avec moi et écouter leurs histoires pour découvrir ce que nous partageons en commun et ce que je ne peux jamais comprendre, voir sous le vernis incolore de la vie. La vie est si souvent pleine de douleur et de confusion.
Je veux transformer cela en quelque chose de délicieux ou du moins de drôle, qui fait que les gens se sentent moins seuls.
J’utilise la bande dessinée pour me souvenir de ma vie, pour dire au public ce que je ressens, pour capturer la vie et la stupidité exquise des humains sans déranger le moment, comme le ferait une photo. J’ai du mal à dire des mots à voix haute alors les bandes dessinées sont devenues ma vraie voix d’une certaine manière, tout en m’aidant à être capable de dire ce que je ressens. C’est une sorte de boucle qui a un retour positif. La communication et la mémoire, je dirais, sont les deux forces les plus répandues dans ma «pratique artistique» ».
Pourquoi avoir accepté ce programme à la Villa San Francisco ?
«Les recherches pour mon doctorat concernent la ville de San Francisco et sa région mais je n’ai jamais passé plus d’un jour ou deux ici (j’ai toujours vécu dans l’East Bay)… Je Kelsey Westphal VillaSFvoulais donc explorer la ville plus en profondeur, en faire l’expérience à une échelle quotidienne plus longue pour compléter mon ressenti des histoires les plus sensationnelles que j’ai pu entendre sur la musique et la scène culturelle de San Francisco ».
Vous êtes une artiste américaine, quel est votre lien avec la France ?
«J’ai fait un échange avec une famille française quand j’avais onze ans, puis j’ai étudié à Bordeaux et finalement j’ai étudié le français à UC Berkeley. Enfin, j’ai fait un master de bande dessinée à l’EESI d’Angoulême.
Parler français m’a semblé être une super puissance quand je l’ai appris pour la première fois et c’est toujours le cas – je peux communiquer avec tout un sous-ensemble de la population avec qui je ne pourrais pas communiquer autrement !
Ayant pu voyager et voir comment les gens vivent sans craindre constamment de faire faillite dans des pays où la médecine est solidaire et publique, où le gouvernement se soucie en quelque sorte de ses citoyens… cela fait que notre pays me semble tellement cruel. Mais cela explique pourquoi nous avons une telle «scène artistique vibrante» – c’est un moyen de survie ! Pour garder espoir quand l’espoir semble impossible et quand il n’y a aucune garantie du lendemain si vous êtes sous un certain seuil de revenus « .
Comment allez-vous engager le dialogue avec la France à travers cette résidence ?
«V.Vale avec qui je travaille pour mes recherches, et que je considère comme mon mentor, cite les surréalistes, Dada, le comte de Lautréamont, les situationnistes comme des influences énormes dans sa vie d’éditeur et d’anthropologue punk comme il se fait appeler lui-même. Je suis également inscrite dans un programme de doctorat à l’Université de Poitiers et École Européenne Supérieure de l’Image… Tout tourne finalement autour de la France ! Un peu comme moi… ».
Comment reliez-vous votre travail et le sujet actuel des résidences à la VillaSF ? Comment comptez-vous « relever les défis les plus urgents de notre temps » ?
« Il y a tellement de défis urgents en ce moment qu’il est difficile de choisir, et je suppose que le mien implique quelque chose qui est devenu interdit… Que les gens se rassemblent dans un même espace pour rejeter / échapper à la folie écrasante du monde des affaires, au statu quo. Comment pouvons-nous maintenir un certain niveau de créativité quand la réalité est si déprimante ? Mon projet est pluridimensionnel parce que je suis une pipelette et une citoyenne omnivore – la standardisation de l’expérience et la société du spectacle sont les deux faces d’une même médaille, et je pense que les gens méritent davantage.
Se tenir debout équivaut à se démarquer – et lorsque l’on internalise la surveillance, la peur prend le dessus et contrecarre toute tentative pour que les gens disent la vérité au pouvoir.
Cette ville n’a aucun sens pour moi !!! Des gens dorment dans des tentes devant des bâtiments vides, la privatisation de ce qui reste du mouvement hippie et la marchandisation de la contre-culture en général… Pourtant c’est tellement beau, et il y a encore des gens bizarres ici, même si c’est une espèce en voie de disparition. Cela me rend triste car toutes mes recherches me font aimer cette ville pour ce qu’elle a apporté à l’art, aux droits civiques, à la contre-culture, mais tout cela doit lutter contre l’immobilier, la suprématie blanche, la ségrégation qui se cache derrière un sourire et une porte.
J’imagine qu’explorer la ville et essayer d’avoir un dialogue avec les habitants de San Francisco m’aidera à redescendre sur terre et à arrêter de paniquer à l’idée que tout est fait pour ».
Quelle est la particularité de la résidence ? Décrivez-nous un détail qui vous a marqué à propos de VillaSF ?
«LA POSSIBILITÉ D’OBSERVER LES OISEAUX ! La vue de l’horizon me laisse généralement froide, mais la vue PLUS la vue du ciel d’ici sont vraiment incroyables. Je me sens beaucoup plus à l’aise dans le ciel que dans les grattes ciel phalliques et froids. San Francisco est si belle cependant… le lever du soleil m’a époustouflée depuis la résidence. Des couleurs superbes qui jouent avec les couleurs à l’intérieur de l’espace. C’est vraiment spécial « .
Comment avez-vous vécu le confinement pendant le Covid ?
« Douloureusement et de manière créative. J’ai perdu tous mes jobs. J’ai fait beaucoup de longues balades tristes à vélo en écoutant de la musique. Je dessine presque toute la journée… ce qui est génial. J’ai commencé à apprendre l’animation et je fais un peu de musique, j’ai beaucoup communiqué avec les amis qui comptent pour moi en écrivant des lettres à certains en France, au Canada, à Tokyo, à mon oncle dans l’Oregon. Je n’ai jamais eu la chance de pouvoir faire de l’art dans la journée. Et je suis vraiment obsédée par l’observation des oiseaux – les animaux sont de vrais exemples de contre-culture, ils ne jouent pas à nos petits jeux de pouvoir symboliques ! Ou ils le font mais d’une manière qui a plus de sens pour moi « .
Comment voyez-vous votre art post-Covid ?
« Je veux voyager pour interviewer des gens et faire des bandes dessinées, des tatouages ! Je veux faire des fresques murales, faire de la musique, faire de l’animation aussi. Plus sérieusement, je veux terminer ce livre avec V.Vale, le traduire, obtenir mon doctorat, et après on verra. Peut-être enseigner ou faire d’autres livres… ».
Quel est actuellement votre artiste préféré à San Francisco et pourquoi ?
« San Francisco est une sorte de zone morte pour moi en ce qui concerne les artistes vivants… Ils ont tous déménagé à East Bay. Dimebag Darla (alias ALRAD) est mon graffeur préféré à Oakland… Ronnie Goodman était un artiste sans-abri dont le travail m’inspire vraiment. Il est décédé cette année, ce que je trouve tragique – son travail était présenté dans une galerie mais il devait malgré tout vivre dans la rue « .
Comment et où pouvons-nous suivre votre travail ?
La Villa San Francisco a été créée sous l’égide des Services Culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, de l’Institut de France, du Consulat Général de France à San Francisco et de la French American Cultural Society (FACS) et est aussi soutenue par des partenaires locaux comme UC Berkeley et de généreux donateurs.

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