Par Lynn Auslander, une américaine qui vit dans la Silicon Valley et qui nous donne des pistes pour s’y faire des amis.

Une amie expatriée m’a récemment confié que ses collègues français trouvaient très difficile de nouer des liens d’amitié avec les américains.

« Mais comme je comprends, je suis passée par là moi aussi ! ». Je suis américaine et comme beaucoup de ces français(es), je suis moi-même le conjoint qui suit. J’ai suivi la carrière de mon mari en vivant dans différentes villes, et outre les défis évidents liés au changement de lieu d’habitation, l’un des prinicpaux enjeux dont on parle peu, est celui de se créer un cercle d’amis.

Mais avant de commencer, la chose la plus importante à savoir est que vous n’êtes pas seul(e). Nombreuses sont les personnes qui ressentent cette difficulté après avoir déménagé en particulier dans la baie de San Francisco, même s’ils sont américains. C’est un chemin pavé d’embûches.

Se faire des amis à l’âge adulte

Beaucoup d’entre nous savent qu’il est plus facile de se faire des amis à l’école qu’à l’âge adulte. A l’école en tant qu’enfant, on nous oblige à passer du temps ensemble, étudier nous offre un terrain commun et des contacts sociaux réguliers. Au travail, c’est un peu la même chose. Il y a une sorte de structure qui est là invisible, mais qui aide à rencontrer de nouvelles personnes.

Avant le mariage, j’ai déménagé plusieurs fois pour le travail et je me suis toujours fait ou refait des amis au bureau ou en soirée. Mais bouger pour la carrière de quelqu’un d’autre a rendu la rencontre de nouvelles personnes plus difficile.

De plus, la socialisation change à l’âge adulte. Le travail, la famille, la santé et les activités des enfants limitent l’emploi du temps. Choisir quand et avec qui « socialiser » est limité. En deux mots, cela demande plus de temps et d’efforts.

Les différences culturelles

Pour compliquer les choses, on se confronte à de nouvelles cultures et de nouvelles traditions, en plus des règles sociales locales différentes.

L’obsession des américains pour le sport et leur investissement dans les activités pour les enfants monopolisent le temps et la concentration des parents, laissant peu d’espace pour rencontrer de nouvelles personnes.

Il existe d’innombrables articles sur l’approche américaine des relations amicales. En substance, l’accent est mis sur l’individualisme, le fait de mettre les amis dans des catégories et les amitiés rapides et superficielles. Mais alors pourquoi nous les américains sommes nous si « friendly » lors d’une première rencontre avec quelqu’un de nouveau ? Une théorie est que les premiers immigrants sont arrivés sans famille ni ami, ils ont donc dû être « gentils » pour créer un nouveau système de soutien social. Les américains continuant de déménager et de changer d’emploi souvent, sont obligés d’apparaître rapidement comme un bon candidat à une nouvelle amitié. Le dicton «on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre» résume bien la situation.

Evidemment, la maîtrise de la langue est un autre défi et prend multiples facettes qui nécessite de s’y retrouver à travers la langue anglaise elle-même, en plus du dialecte local de la Silicon Valley. Pour l’anglais, vous pouvez facilement vous entraîner car la plupart des films proposent des sous-titres ce qui facilite la pratique de la compréhension. Les partenaires d’échange linguistique peuvent également aider. Demandez autour de vous si quelqu’un participerait à une conversation à moitié en anglais et à moitié en français.

En ce qui concerne le jargon de la Silicon-Valley, il existe des sites dédiés à la traduction et à l’explication du vocabulaire et des abréviations. C’est toujours amusant de les vérifier régulièrement, car de nouveaux termes continuent d’apparaître (et vous ne perdrez pas pied avec vos enfants)

Silicon Valley

Mais qu’est-ce qui rend la construction de relations amicales dans la Silicon Valley si différente ?

La baie attire des gens ambitieux, concentrés à l’extrême sur la poursuite du rêve américain, attirés par le rêve californien. Ils travaillent de longues heures, donnent la priorité au réseautage et sont absorbés par les opportunités professionnelles offertes. Les entreprises de la Tech encouragent la création d’équipes, amenant les gens à rester dans leur réseau social d’entreprise. La priorité est donc de se faire des amis au travail. Bien souvent, ils établissent des liens pour leur avenir, car c’est la raison qui les a attiré ici en premier lieu.

Le résultat est que certaines personnes autour de vous ne sont pas nécessairement intéressées à nouer des relations amicales et ne feront probablement pas tout leur possible pour développer une amitié.

Quand la technologie s’en mêle

Supposons que vous alliez assister à l’activité sportive de votre enfant. A quoi reconnaissez vous que vous êtes dans la Silicon Valley ?

Les parents attendent leur progéniture les yeux rivés sur leurs écrans.

Ils ne sont pas disponibles pour entamer une conversation. Avant les téléphones portables, les parents parlaient entre eux. Maintenant, ils sont plongés le nez dans la technologie. Il est plus facile et probablement relaxant de faire défiler les infos sur son téléphone. D’autres apportent leur ordinateur portable, décidant de rattraper le retard accumulé ou encore d’en profiter pour s’avancer au travail. Ils considèrent que c’est un meilleur investissement de leur temps plutôt que d’essayer de se faire un ami ou de créer un lien social. C’est une occasion manquée, malheureusement.

Et on ne parle pas des fêtes et des réunions où les gens prennent des appels professionnels ou envoient des SMS à leur patron au lieu d’échanger avec la personne à côté d’eux.

Une autre occasion manquée.

La Silicon Valley – Un lieu de passage

Régulièrement on voit un nombre record de personnes entrer et sortir de la Silicon Valley. Les camions de déménagement sont fréquemment garés dans les rues du quartier. Certaines personnes évitent de se lier d’amitié avec quelqu’un qui finira par déménager. C’est une façon de se protéger, car cela peut sembler une lourde perte lorsque quelqu’un sort de votre vie quotidienne.

Dans l’une des écoles internationales que fréquentaient mes enfants, les élèves plus âgés qui avaient déménagé tous les 2-3 ans avaient cessé de se faire des amis au moment où ils arrivaient au lycée. C’était trop douloureux de dire au revoir quand un ami partait.

Où sont passés les parents ?

Avec beaucoup de parents qui travaillent, on en voit de moins en moins dans la cour de récréation, sur les aires de jeux, aux événements de bénévolat, aux activités ou disponibles pour prendre un café. Je les ai brièvement rencontrés lors des activités des enfants et j’adorerais prendre un café, mais même lorsqu’ils cherchent à rentrer en contact, il est difficile pour eux de trouver le temps de connecter.

Autres défis

Avec le Covid qui est venu chambouler notre environnement social, il est plus difficile de socialiser en personne. Se tourner vers des réunions en ligne et sans lien de dépendance reste un défi pour connaître les gens. Une des options que j’ai choisie est d’assister à plus de réunions Zoom pour des groupes locaux. Cela comprend les écoles (organisés par l’école ou l’association des parents), les groupes d’art locaux et les événements du conté. Certaines villes organisent des soirées de jeux en ligne ou des cours de cuisine le soir, et la plupart des autres participants sont probablement vos voisins. Lorsque la pandémie se calmera, vous pourrez, espérons-le, rencontrer ces personnes en chair et en os.

Regardons les choses en face, il est généralement plus facile de créer des liens avec quelqu’un qui traverse les mêmes étapes de la vie, que ce soit à travers l’âge des enfants ou même du votre. De plus, en tant que mère un peu plus âgée, il est difficile, même aux États-Unis, de se connecter avec des mères beaucoup plus jeunes. Mon permis de conduire est plus ancien que certaines d’entre elles !

Alors, comment faire ?

La première étape, c’est de reprendre les bases, de se demander ce que l’on recherche dans l’amitié. Quelqu’un pour prendre un café de temps en temps ? Une famille de substitution qui va vous soutenir lorsque vos parents (et vos vieux amis) ne sont pas disponibles pour vous aider ? Ou simplement pour passer des bons moments et approfondir vos propres centres d’intérêts ?

Deuxième étape, notez que les Français et les Américains, ainsi que les habitants de la Silicon Valley, peuvent aborder les choses différemment.

Essayez de sourire ou d’apporter plus de contenu à la conversation. Les américains sont facilement déconcertés par une expression triste et une conversation qui tourne court.

Une des clés est de trouver une connexion personnelle. Les conversations anodines dans les magasins, sur la météo ou la circulation ne sont pas personnelles et ne constituent probablement pas une base d’amitié. Mais pour déterminer s’il existe un lien personnel, vous devez poser des questions pour trouver un terrain commun avec l’autre. Cela nécessite des questions personnelles de niveau « intermédiaire », non pas sur la santé ou les finances qui sont trop personnelles, mais plutôt sur l’endroit où vous avez vécu, votre parcours universitaire ou votre domaine d’expertise, des suggestions de cours de natation, le meilleur musée de la ville, une plage sur la côte pour les jeunes enfants, des recommandations pour des courts de tennis, des sentiers de randonnée, des excursions d’une journée ou un super plombier.

Je me suis fait une bonne copine en quelques minutes lorsqu’en posant des questions personnelles de niveau intermédiaire, nous avons découvert que nos maris avaient travaillé dans le même domaine technique assez pointu il y a des décennies (des points bonus car on a supposé que nos maris s’entendraient aussi !).

Il est également plus facile de se faire des amis lorsque cela est intégré à notre routine quotidienne. J’ai trouvé un ami proche lors de ma promenade quotidienne au parc avec mon chien (ne pas négliger l’apport des promenades du chien pour la socialisation). Pour info – si vous n’avez pas de chien, vous pouvez toujours discuter avec un propriétaire. Ils aiment généralement parler de leurs toutous.

Et de manière générale, tenez-vous au courant de ce qui se passe autour de vous. Pas seulement des nouvelles locales et nationales, mais aussi du sport et de la culture. Ce sont des outils pour démarrer et encourager la connexion dans une conversation.

J’avoue que je ne suis pas intéressée par le sport moi-même, mais je regarde toujours des événements sportifs importants pour pouvoir en parler.

Il existe une longue liste de lieux et de moyens de rencontrer des gens dans la Silicon Valley, mais c’est pour un prochain article.

En attendant, les écoles, les lieux de culte et les organisations à but non lucratif ont besoin de bénévoles et peuvent vous orienter vers d’autres opportunités. Il peut être plus difficile de trouver des opportunités de bénévolat pendant le Covid, mais à certains égards, le besoin est encore plus grand.

Et rappelez-vous, il y aura des moments où avoir maintenu une amitié à un niveau minimum fonctionnera toujours. « Quand » et pas « Si » le prochain tremblement de terre se produira, il sera préférable d’avoir au minimum rencontré vos voisins. Les gens se rassemblent dans une catastrophe, et avoir un niveau d’amitié de type «bonjour» avec les gens d’à côté sera payant.

Et il est important de noter qu’il faut un temps plus long pour développer des amitiés dans différentes cultures, même juste dans différentes villes. Parfois, il y a un lien instantané, tandis que d’autres fois, cela peut exiger plus d’investissement dans la durée.

Ce n’est pas facile et vous n’êtes pas seul(e). Même nous, les Yankees, avons du mal. De nombreux amis, même à Stanford, ont déménagé, trouvant difficile de créer un cercle d’amitié dans la Silicon Valley.

Alors, écrivez-moi, nous nous rencontrerons pour prendre un café et discuter. Envoyez-moi un email à merci@mercisf.com

Merci Lynn.

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