Fraîchement ouverte fin août, la Villa San Francisco poursuit sa programmation de micro-résidences appelées « Hatch Series » organisée par Candace Huey (Galerie Re.Riddle) pour soutenir la scène artistique locale en ce moment particulier. 

En invitant des artistes locaux à créer, produire et interagir avec le public par le biais d’événements en ligne, la Villa San Francisco accueille actuellement un duo d’artistes surprenants qui collaborent sous le nom d’ALEXANDMUSHi. N’y voyez pas de faute de frappe ou même pas d’oubli d’espace entre deux noms… Ce sont bien Alex et Mushi mais ils travaillent dans une telle symbiose que vous pouvez facilement comprendre pourquoi ils se présentent comme ALEXANDMUSHI, en un seul mot.

Et il est difficile de les mettre dans une catégorie. Photographes, interprètes, artistes conceptuels. Ils sont tout cela à la fois et ils continuent d’explorer de nombreuses disciplines en parallèle.

Alex et Mushi n’ont passé que deux semaines en résidence à la Villa San Francisco et ils n’ont pas résisté à l’exploration de trois de leurs disciplines préférées : la performance impliquant leur propre corps, l’écriture collaborative et le dialogue avec un autre duo d’artistes.

Mais le moteur de toutes leurs différentes formes d’art est résolument le dialogue. «Nous sommes en conversation tout le temps» nous dit Alex. Dialogue entre les corps, à travers des mots sur un support papier, dialogue avec ou sans conversation verbale ; «ne jamais cesser d’échanger» semble être leur devise.

Leur travail s’inscrit parfaitement dans la charte de la Villa San Francisco qui est «d’engager les artistes et les communautés dans un dialogue largement ouvert sur l’avenir».

Alex et Mushi se sont rencontrés par hasard en 2015 alors que Mushi faisait une résidence à Sausalito et Alex travaillait sur un projet alors qu’elle était expulsée de son studio de San Francisco.

A ce moment là, Alex est tellement bouleversée de voir que les artistes ont de plus en plus de mal à trouver un endroit pour s’exprimer, qu’elle a décidé de poser sa caméra sur les trottoirs. Elle a ainsi conçu un «studio portable» qu’elle a installé sur différents trottoirs de villes à travers le monde. L’objectif était de prendre des photos et des images de personnes qui dialogueraient dans cette boîte blanche portable pendant quelques minutes mais avec la contrainte de ne pas se parler, ni se toucher.

Mushi a trouvé le projet tellement en phase avec sa propre recherche artistique, qu’ils décident de le faire ensemble.

Alex et Mushi sont tous deux fascinés, peut-être même obsédés par le dialogue sous toutes ses formes, et le dialogue corporel en particulier.

Et c’est peu de temps après que l’idée de leur concept de  «chair conversations» a pris forme.

L’un est assis sur une chaise et l’autre bouge le corps de son partenaire comme bon lui semble. Regardez la vidéo ci-dessous, c’est vraiment déroutant.

ALEXANDMUSHI: Une collaboration entre artistes: Alex Nichols & Mushi Wooseong James

Ce projet met en évidence un niveau de confiance incroyable entre ces deux artistes. Et le plus étonnant, c’est que rien n’est chorégraphié… Tout est totalement improvisé à chaque fois. C’est une sorte de séance de méditation pour chacun d’eux.

Une dernière chose à propos de leur travail est leur désir de documenter ce qu’ils font par écrit. Depuis cinq ans, ils tiennent chacun de leur coté, un journal de ce qu’ils ressentent pendant la séance qui vient d’avoir lieu. Mais pendant toutes ces années de pratique et de performances, ils n’ont jamais partagé leur journal entre eux. Ils le feront le moment venu, car ils veulent voir comment leurs ressentis ont évolué avec le temps. Se comprennent-ils mieux maintenant qu’il y a trois ou cinq ans ?

Quelques questions pour tenter de mieux les cerner…

Alexandmushi

ALEXANDMUSHI – Villa San Francisco – photo © Sabrina Bot

Comment avez-vous vécu le confinement du COVID ?

«Au début, nous ne pouvions pas nous rencontrer. Cela nous a renvoyés à l’un de nos projets antérieurs lorsque l’un de nous était à San Francisco et l’autre à Séoul. À l’époque, nous avions un projet appelé «still conversations» où Mushi prenait une photo de lui-même dans sa chaise et dont je copiais la position à San Francisco.

Pendant les deux mois de COVID, nous avons invité le public à faire de même via Instagram et à copier la position de l’autre. Si vous me voyez dans ma chaise et copiez ma position, vous habitez mon corps pendant une minute. C’est une très belle façon d’être présent avec son propre corps et d’être avec quelqu’un en pensée ».

Comment voyez-vous votre art post-COVID ?

«Tout le monde doit repenser la manière dont il va se réengager avec les autres, car nous avons besoin de contacts humains. Alors nous voulons rendre notre art participatif, nous voulons interagir avec les gens. Nous travaillons sur un site internet ouvert sur le monde où des gens du monde entier pourraient participer ».

Si vous deviez décrire une particularité de l’espace Villa San Francisco ?

Alex: « Grâce à l’arbre juste devant la fenêtre, je me sens comme dans un nid d’oiseau ».
Mushi: « C’est à la fois un environnement énergisant et très reposant ».

Comment êtes-vous reliés à la France ?

«La raison principale de notre présence à la Villa San Francisco est notre relation à la galerie Re-Riddle. Mais nous faisons aussi un travail de collaboration avec deux artistes françaises, Martinet et Texereau que nous avons rencontrées il y a quelques mois. Elles sont actuellement basées à Paris et nous souhaitons entamer une conversation avec elles sur leur travail collaboratif. Elles dessinent ensemble sur la même feuille de papier. Ensemble, nous tentons d’explorer comment se construit le pont de la collaboration, comment deux identités fusionnent en une seule. 

Si on vous demande de nous dire spontanément qui est votre artiste préféré en ce moment ?

«Il y en a tellement… mais je penserais aux interprètes sonores Jorge Bachmann et Kevin Corcoran

Où pouvons-nous voir votre travail et vous suivre ?

Sur le site de la galerie Re-Riddle
Sur notre compte Instagram: ALEXANDMUSHI

 

La Villa San Francisco a été créée sous l’égide des Services Culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, de l’Institut de France, du Consulat Général de France à San Francisco et de la French American Cultural Society (FACS) et est aussi soutenue par des partenaires locaux comme UC Berkeley et de généreux donateurs.

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