Parent ou pas, il est fascinant d’observer comment les écoles bilingues de la Baie se sont réinventées, comment elles sont passées du 100% en présentiel à l’enseignement à distance en quelques jours. Et cela représente plus de 3000 élèves, de la maternelle à la terminale répartis sur toute la péninsule, qui font partie du circuit des écoles de l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger).

L’annonce de la fermeture des écoles est intervenue jeudi 12 mars, et dès le lendemain les élèves étaient briefés et formés pour démarrer l’apprentissage en ligne qui a démarré le mardi 17. Ceux qui n’avaient pas d’écran à la maison ont pu en emprunter à l’école pour les utiliser chez eux. 

Pour être tout à fait transparents, les chefs d’établissement voyaient l’orage venir et avaient commencé à anticiper avec leurs équipes, mais quand même.

Moins de deux semaines après ce changement radical de méthode d’enseignement, les choses se passent plutôt très bien pour les trois établissements que nous avons joints…à distance évidemment.

Fabrice Urrizalqui, le principal du collège de la French American International School (FAIS) est satisfait et nous confie “nous n’avons pas eu de grosses surprises, très peu de parents paniqués et des retours d’expériences positifs de la part des élèves”. Il précise néanmoins que “les cours à distance demandent une grande organisation de la part de l’enfant, et il est plus facile de construire l’autonomie là où elle est déjà présente.” En deux mots, c’est plus facile avec les collégiens et les lycéens qu’avec les plus jeunes.

Même son de cloche de la part du directeur du Lycée Français de San Francisco (LFSF) Emmanuel Texier qui nous écrit “Nous avons été submergés de retours très positifs”. Lui aussi confirme que l’organisation pour les plus jeunes doit être adaptée “Le découpage et la durée des temps où les enfants travaillent seuls ou avec l’enseignant, va différer principalement en fonction de l’âge des élèves. Ainsi nous proposons pour les maternelles des temps en direct avec les enseignants quatre fois par semaine mais aussi des capsules vidéo enregistrées par les enseignants. A ceci s’ajoute un accompagnement pédagogique qui permet de fournir un service de qualité aux élèves selon un emploi du temps souple qui peut s’adapter plus facilement aux besoins des familles”.

Le directeur de l’Ecole Bilingue de Berkeley (EB), Mehdi Lazar est tout aussi positif que ses deux collègues pour ses élèves de la 6ème à la 4ème, et renforce le message sur le fait qu’il existe une vraie différence entre enseigner à des ados et à des petits. 

Et il rentre un peu plus dans les détails concernant le cycle 1 : “En maternelle, ils sont jeunes et c’est plus compliqué. Ils ont besoin d’étayage comme on dit dans notre jargon, et cela demande que nous mobilisions les parents. D’une dynamique à trois, programme-élèves-enseignants, on doit rajouter la composante des parents ; les enfants ont par exemple plus de mal à gérer les outils de façon autonome.

Pour y remédier, en maternelle, on met le programme en ligne tous les jours. Regroupement à 8h45 avec l’enseignant par Zoom, puis les élèves sont divisés en plus petits groupes. On alterne donc les temps synchrones (enseignant-enfants) et les moments asynchrones où l’enfant est seul mais peut retrouver le support de courtes vidéos par exemple pour s’aider, et là les parents ont un vrai rôle. Ensuite, les enfants reviennent tous ensemble, en “classe”.
Nous sommes aussi évidemment conscients qu’il faut équilibrer le temps avec et sans écran”.

“En primaire, nous avons adapté le programme en dédiant la journée du mercredi à des activités autres que les apprentissages traditionnels. On a regroupé la musique, des activités récréatives… sur cette journée. Cela donne aussi un temps de respiration aux professeurs de langue”.

Pour FAIS, l’enseignement à distance est l’opportunité de mettre en pratique une méthode encore parfois expérimentale ; Fabrice Urrizalqui déclare “nous avons commencé à appliquer le processus de classe inversée il y a dix ans maintenant. Cela nous a permis de créer des best practices au cours de toutes ces années, et aujourd’hui de les mettre en pratique à grande échelle”. La méthode de classe inversée consiste à demander aux élèves de travailler la théorie par eux même, et d’utiliser le temps avec les professeurs pour mettre en pratique, faire des exercices et approfondir. Il rappelle lui-même que cela s’adresse aux élèves du collège.

Interrogé sur le sujet, Emmanuel Texier nous répond que “Les programmes restent les mêmes mais effectivement la façon de délivrer le cours ou d’amener les élèves à comprendre un nouveau concept va nécessairement changer avec cet environnement spécifique. Les enseignants ont donc travaillé dans ce sens afin de trouver de nouveaux outils pédagogiques adaptés à cette situation”.

Et quand nous demandons à ces trois responsables d’établissements s’il est difficile de trouver des outils pédagogiques en ligne, la réponse est unanime : le problème n’est pas d’y avoir accès mais de les trier ! Ils croulent sous les supports de qualité.

Bien que positifs après ce démarrage sur les chapeaux de roue, ils restent très vigilants et prêts à revoir leur copie au fur et à mesure des semaines, en sondant régulièrement les parents et les enseignants. Par exemple, FAIS nous dit que “Pour la période actuelle, nos élèves de collège reçoivent près de 3 heures par jour d’enseignement à distance. Nous n’excluons pas de revoir nos agendas et de rajouter des heures. Nous verrons dans quelques semaines.”

Le LFSF de son côté, n’oublie pas que l’enseignement est un tout et que les activités extra-scolaires sont un bon complément au programme académique “Nous serons ravis de reprendre la semaine prochaine, selon une nouvelle formule, des activités extra scolaires en ligne, qui permettront également aux élèves de continuer à bénéficier de ces apports différents”.

EB et le LFSF vont même offrir des camps de vacance en ligne. EB a déjà prévu un focus sur les STEM (Robotique, Minecraft…). 

Il est bon de souligner que tous les chefs d’établissements saluent l’engagement des enseignants qui font un travail d’adaptation “remarquable” sans compter. Mais tous sont conscients que la difficulté arrive, l’énergie dépensée pour réussir ce démarrage sans faille va devoir durer maintenant au minimum jusqu’à début mai. On parle ici d’une course de fond, pas de course de vitesse. 

Cette expérience complètement hors du commun aura des conséquences sur le futur et comme nous le dit Mehdi Lazar d’EB “on apprend tellement en ce moment sur le mariage entre le présentiel et l’enseignement à distance, que nos pratiques professionnelles auront assurément évolué quand nous reviendrons à la “normale””.

Disons bravo et merci à nos écoles bilingues, direction et enseignants pour avoir réagi aussi rapidement et avec autant d’énergie positive afin de poursuivre l’éducation des enfants. Et aussi bravo aux enfants de tous âges, qui montrent visiblement une adaptabilité impressionnante.

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