Article mis à jour le 27 janvier – La galerie Fraenkel présente Sophie Calle : Because, une exposition de nouvelles œuvres présentées pour la première fois aux États-Unis. Dans chaque pièce, un rideau de feutre brodé avec l’écriture de Sophie Calle cache une photographie. En présentant aux spectateurs le texte avant l’image, Calle renverse l’ordre habituel dans lequel les images sont lues, créant une surprise poétique ou un puzzle. Cette quatrième exposition de Sophie Calle à la Fraenkel Gallery est visible du 23 janvier au 21 mars 2020.

Pendant près de quarante ans, Sophie Calle a réalisé un travail qui expose son expérience intime au public, en utilisant des images fixes, des vidéos, des films, des livres, des performances et du texte. Son travail s’est souvent inspiré de moments difficiles de sa vie personnelle. «En transformant ces expériences en art, elles deviennent en quelque sorte un type de fiction» a-t-elle déclaré.

Because fait partie de l’exploration continue de Sophie Calle de la relation entre le récit, la mémoire et la photographie, et mélange humour et mélancolie avec son œil particulier pour l’ironie. Les sujets incluent le pôle Nord représenté dans l’obscurité bleue, dans une image que Calle a faite « Parce que c’est ce que vous faites lorsque vous êtes au bout du Sophie callemonde » explique le texte. Elle a photographié le torero espagnol José Tomás « Parce que pour la première fois de ma vie, je suis sur le point de demander un autographe » avoue-t-elle. Dans Sans enfant, 2018, Calle cite une description d’elle-même qu’elle a trouvée en ligne : «« Sophie Calle, artiste sans enfant, par choix »», en l’associant à une photo d’elle-même tenant un bébé près de son chemisier ouvert, comme pour allaiter. Elle a posé avec l’enfant « Par pur méfait, parce qu’il se trouve qu’il y en a un », déclare son texte.

Sophie Calle présentait son travail ce samedi 25 janvier et répondait aux questions du public. Nous y étions avec Isabella. Voici quelques-unes de ses réponses, ironiques et authentiques, comme elle.

Sophie, pourquoi ce format de photographies dissimulées derrière un rideau sur lequel figure un texte brodé ?
–  Et bien, depuis quelques années, j’observais que les gens photographient beaucoup, avant même de regarder leur sujet. Cela me perturbait un peu, d’où l’idée de ce texte, qui explicite les raisons de mon choix de photo ou les pensées qui me traversent la tête au moment où je décide de le photographier.

 Avez-vous choisi ce format de photo ou leur lieu d’exposition ?
–  Ah non, c’est déjà un miracle quand j’ai une bonne idée, donc le format ou le lieu, c’est totalement aléatoire dans mon travail. Cela étant, j’aime beaucoup montrer mon travail dans des lieux détournés, tels que par exemple, Le Musée de la Chasse, à Paris.Sophie calle

–  Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?
–  Je voulais séduire mon père, lui-même grand collectionneur, alors j’ai commencé à faire des photos, un travail qui ne me semblait pas trop compliqué, et puis j’aime bien écrire aussi. Désormais mon père est décédé, mais j’ai continué mon travail.

–  Vous traitez toujours des sujets graves ou inconfortables...
–  Oui, c’est là que l’art se déploie. Tout le monde a un jour subi une perte, un deuil… c’est un endroit dont on peut parler facilement. Le bonheur, lui, se vit de l’intérieur. Il n’a pas de point de vue. Je suis également entourée de morts depuis longtemps. J’aime me promener dans les cimetières. Ce sont de beaux jardins publics, avec beaucoup d’information sur la ville où ils se trouvent.

–  *Il y a quelques photos dans l’exposition qui ne sont pas les vôtres, pourquoi ?
–  Oui, je n’avais pas suffisamment de photos à exposer, j’en ai donc choisies quelques-unes sur place dans la collection de la galerie. L’idée était de montrer des couples dont l’attitude ne colle pas avec l’image qu’ils veulent donner. L’impression y est ambigüe.

 Quel est votre rapport avec la réalité dans votre travail ?
–  Il n’y en a pas. Je cherche plutôt à mettre en scène les paradoxes, l’absurde. Là, en l’occurrence, je suis assez atterrée par la situation sociale de San Francisco. Tous ces gens dans la rue dans des états catastrophiques, presque cadavériques. C’est déplorable. Mais ce n’est pas l’objet de mon travail.

–  Sophie, êtes-vous plutôt heureuse ou malheureuse ?
– Je suis très heureuse. Les situations tristes que j’ai mises en scène ne sont pas des drames. Tout le monde les vit un jour ou l’autre. La vie a été très généreuse avec moi.

(modérateur) Une dernière question indiscrète ? Une journée type de Sophie Calle ?
– Ah…..le dimanche, je le passe entièrement dans mon lit !

*Parallèlement à Because, la galerie Fraenkel présentera une sélection d’œuvres provenant des archives de la galerie, sélectionnées par Sophie Calle. La présentation, qui comprend des travaux de Diane Arbus, Katy Grannan, Peter Hujar et Garry Winogrand, entre autres, se concentre sur des images qui mettent en évidence des relations complexes entre couples.

Adresse : Fraenkel Gallery – 49 Geary Street, San Francisco
Dates : du 23 Janvier au 21 Mars 2020

Merci Isabella Demeulenaere

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