Nous sommes allés à la rencontre d’Emmanuel Lebrun-Damiens, le Consul Général de France à San Francisco afin de faire le point avec lui sur l’année 2019, sur les budgets, l’éducation, mais aussi sur le programme culturel de 2020, les élections consulaires à venir… bref sur la vie de la communauté française de la circonscription.

En quelques chiffres, pouvez-vous nous donner un aperçu de la taille de la communauté française dans la circonscription et dans la baie.

Fin 2019, on comptait exactement 29 362 inscrits au Consulat et ce chiffre a oscillé aux alentours de 30 000 tout au long de l’année.

La baie de San Francisco regroupe à elle seule 25 000 de nos concitoyens. Ce nombre est stable mais en revanche les chiffres croissent plus vite à Seattle grâce aux embauches de Français faites par Microsoft ou Amazon par exemple.

C’est un plateau par rapport aux années précédentes mais il est très difficile de savoir si ce chiffre reflète l’évolution de la taille de la communauté, et ceci pour deux raisons.

Tout d’abord parce que les Français ne s’inscrivent pas systématiquement auprès du Consulat ; c’est dommage, car cela leur permettrait de recevoir des informations utiles, d’être par exemple tenus au courant de conférences sur la sécurité comme celles faites en cas de catastrophes naturelles.

Mais aussi parce que la plupart ne savent pas que l’inscription n’est valable que cinq ans. Il est fréquent que des personnes viennent aux bureaux de vote et s’aperçoivent que leur inscription n’est plus valable car ils ne l’ont pas renouvelée.

On avait constaté une forte augmentation des inscriptions en 2017 avant les présidentielles et les législatives, et aussi en 2019 pour les élections européennes.

En 2020, nous espérons voir les chiffres repartir à la hausse avec les élections consulaires grâce à des campagnes d’information que nous menons régulièrement. Les inscriptions seront d’ailleurs ouvertes jusqu’en avril pour une élection en mai 2020.

En résumé, ce plateau de 30 000 ne reflète pas forcément un arrêt de la croissance du nombre des français. C’est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions.

Comment décririez-vous cette communauté française de la baie ?

C’est une communauté importante qui réussit bien, qui est intéressante pour un Consulat car elle est très en prise avec l’économie locale, et avec la Tech en particulier.

Pour vous donner une idée nous avions regardé l’année dernière le nombre de start-ups fondées par des Français, ou qui comptaient des Français dans leur comité de direction (le fameux C-level).

Nous avions ouvert un site Internet où ces Français pouvaient se signaler. Après vérification du fait que le fondateur était français ou que leur fonction était bien au niveau de la direction, nous avons dénombré 600 start-ups dans l’ensemble de la baie.

C’est fantastique ! On montre le meilleur de ce que l’on sait faire en terme de Tech. Et nous sommes à la fois présents dans l’écosystème des start-ups mais aussi dans les très grandes entreprises américaines telles que Microsoft, Salesforce, Facebook, Google, Apple…

Qu’en est-il de la communauté française du vin ?

Ce qui est très intéressant à observer dans la communauté du vin, c’est la diversité. Vous avez trois grands types de profils :

  • En premier lieu, vous trouvez des entreprises françaises avec des grands noms comme Moet et Chandon, Roederer, Mum… qui ont investi ici,
  • Ensuite vous avez des français très présents pour leur expertise vinicole, les « winemakers » que l’on retrouve dans un grand nombre d’entreprises y compris américaines,
  • Et finalement, vous avez tout ceux qui gravitent autour de la production du vin comme par exemple les tonneliers (Radoux, Nadalié…) prisés par les grandes maisons américaines qui veulent des barriques en chêne français. Vous trouvez aussi les fabricants de bouteilles, des bouchons… Bref, tout ce qui tourne autour de cette grande industrie.

De manière générale, le business se porte bien, sans même parler de la « food ». La gastronomie française très présente dans la baie, rencontre toujours un beau succès.

Avez-vous des changements à signaler ou des chiffres à partager concernant l’éducation, l’enseignement de la langue française dans la circonscription ?

Je sais que c’est un sujet qui tient à cœur à beaucoup de nos concitoyens et je suis heureux d’annoncer que le chiffre des bourses scolaires pour l’année 2019-2020 est en augmentation.

En effet, le budget total des bourses scolaires pour la circonscription de San Francisco est de 2,3 millions d’euros pour 168 enfants en 2019 alors qu’il n’était que de 1,9 million d’euros pour 156 enfants en 2018.

Il y a bien sûr des critères sociaux pour accéder aux bourses mais tous les dossiers qui remplissent les critères sociaux sont acceptés. Attention, les bourses que nous attribuons ne financent pas systématiquement 100% des frais de scolarité. Mais le Consulat obtient chaque année le montant nécessaire pour verser une bourse à tous ceux qui remplissent les conditions d’attribution. C’est un point important.

D’autres bonnes nouvelles côté budget ?

Absolument ! On verse aussi des allocations handicapés ou des aides sociales pour les personnes âgées en grande difficulté (CCPAS), et c’est un système d’aide méconnu par la communauté.

Là encore, le budget est passé de 56 000 euros en 2018 à 74 000 euros en 2019. On travaille avec les Conseillers Consulaires et les Consuls Honoraires répartis dans les dix états de la circonscription pour mieux faire connaître l’existence de ces aides.

Les bénéficiaires sont souvent des Français qui n’ont plus de lien direct avec une famille en France et qui n’ont pas de parent ici non plus ; on ne leur verse pas de grosses sommes d’argent mais ça les aide bien malgré tout. Les élus de proximité jouent un vrai rôle dans ce volet de l’aide sociale.

Le dernier budget qui a bien augmenté, c’est le budget STAFE (Soutien au Tissu Associatif des Français à l’Etranger). C’est une subvention qui bénéficie aux associations culturelles ou éducatives françaises. Cette année, la commission a approuvé les demandes de dix associations pour un montant total de 97 000 euros. Nous sommes le Consulat qui a donné le plus au monde.

Un mot sur les écoles ?

Le nombre d’écoles françaises augmente dans la circonscription mais pas dans la baie de San Francisco où elles sont déjà bien implantées. On a deux nouvelles écoles françaises à Seattle, et une école à Portland. Elles ne sont pas toutes homologuées mais ce sont des écoles françaises.

Dans la baie de San Francisco, le nombre est stable mais je voudrais signaler que l’on a aussi deux « charter schools », une à Santa Rosa et une à Oakland qui fonctionnent très bien. Celle d’Oakland en particulier est très intéressante car elle a été fondée par des familles américaines et françaises mais surtout parce qu’aujourd’hui, il y a des élèves qui viennent du monde entier. On y entend tous les accents. Le niveau de français est suffisamment remarquable pour qu’on leur ait décerné le label « France Education » l’année dernière. Ils ont passé tous les critères haut la main.

Si l’on en vient maintenant aux projets pour 2020. Quels vont être les grands rendez-vous pour la culture ?

Tout d’abord la Nuit des Idées qui se tiendra le 1er février à la SF Public Library. Je rappelle que la Nuit des Idées est une initiative française, gratuite qui existe dans le monde entier (les réservations sont ouvertes).

Cette année le thème défini au niveau mondial par l’Institut Français et le Ministère des Affaires Etrangères est « Etre vivant ». A partir de ce thème global, chaque ville définit avec les institutions locales partenaires, un thème pour son événement : pour nous, ce sera «Living on the Edge».

Ce sont les questions d’environnement, les conséquences de la quatrième révolution industrielle avec les robots, l’intelligence artificielle, cette impression que l’on est au bord d’un nouveau monde avec des risques, des dangers, des conséquences comme le changement climatique, mais aussi des opportunités avec des progrès perceptibles dans beaucoup de domaines… C’est tout cela qui sera au cœur des débats de la Nuit des Idées.

Vous découvrirez la liste des intervenants sur notre site mais je peux déjà vous dire que nous avons un partenariat avec le magazine l’Obs et la revue America. Les rédacteurs en chef de ces médias respectifs seront présents. C’est un vrai plus car cela nous donne un lien direct avec la France.

Je suis particulièrement fier du partenariat que l’on a construit avec la Ville de San Francisco, le SFMOMA, KQED et bien sur la SF Public Library où se déroulera l’événement. En terme de grandes organisations qui comptent dans la vie culturelle locale, c’est difficile de faire mieux. En plus, cela nous permet de découvrir comment ces grandes institutions travaillent, et c’est vraiment très intéressant.

Le cinéma ne sera pas en reste, et 2020 va compter beaucoup d’événements importants ; pour commencer une rétrospective Agnès Varda au SFMOMA et au BAMPFA entre janvier et mars.

Nous aurons comme chaque année, les programmations des grands festivals de film du Printemps avec le SF Film Festival, Oakland Film Festival, et le Glass Film à Berkeley.

Mais nous avons aussi l’ambition d’accroître les initiatives européennes. Nous allons participer au Bay Area Book Festival où l’on aura un pavillon franco-allemand.

Enfin, nous faisons partie du projet qui s’appelle « The Grid » qui a pour objectif d’essayer de comprendre comment le monde de la Tech va changer la perception de l’art pour les citoyens.

Nous avons déjà fait tout un travail d’interviews, d’études pour savoir ce que les gens qui font la quatrième révolution industrielle pensent de la production artistique.

Le rapport a été présenté en novembre. Il dresse un premier panorama de relations entre les communautés artistiques et les entreprises Tech de la Silicon Valley.

Quels sont les changements concrets dont la communauté française va pouvoir bénéficier en 2020 de la part du Consulat ?

Nous allons ouvrir les services administratifs une demi-journée de plus car même si le chiffre des inscrits au Consulat a été stable en 2019, on a constaté une augmentation de plus de 20% du nombre des titres d’identité délivrés d’une année sur l’autre (3 522 titres en 2018 contre 4 247 en 2019).

Par conséquent, nous allons rendre le service administratif accessible le mercredi après-midi à San Francisco pour permettre un service encore plus efficace.

Vous avez fait une consultation qualitative auprès des inscrits. Pouvez-vous communiquer des résultats ?

Nous n’avons pas encore les données consolidées de cette consultation en ligne mais d’après les résultats intermédiaires, nous sommes dans le vert. Au delà de cette consultation, nous regardons aussi très attentivement, et très régulièrement ce que les gens mettent sur les réseaux sociaux concernant la qualité de nos services. Nous sommes systématiquement au-delà de 4 sur 5.

Vous arriverez au terme de votre affectation à San Francisco à l’automne. Vous êtes-vous fixé des objectifs particuliers pour les huit mois qui viennent ?

Bien évidemment, je voudrais mentionner la visite de Monsieur l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis, Philippe Etienne qui démarre cette semaine dans notre circonscription.

Nos concitoyens sont d’ailleurs les bienvenus à la conférence ouverte au public qu’il donnera à Berkeley le mardi 14 janvier à 11h sur le thème «Tech for Good – French Vision of the Fourth Industrial Revolution ». 

Mais je veux aussi insister sur le fait que je souhaite faire des élections des Conseillers Consulaires un moment démocratique par lequel la communauté des Français de l’étranger, s’exprime dans les mêmes conditions que si elle était en France. C’est l’opportunité unique pour les Français de l’étranger de participer indirectement à l’élection des sénateurs et donc de rester en prise avec la France.

Merci Monsieur Emmanuel Lebrun-Damiens, Consul Général de France à San Francisco

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