Dans le cadre des journées du patrimoine le 14 septembre 2019, le Consulat de France à San Francisco s’est allié au Malakoff Diggins State Historic Park. Ce lieu a vu naître dans les années 1850, une mine d’or et un village français à qui un groupe d’archéologues a redonné vie grâce à des fouilles et la parution d’un mémoire historique. Ce fut le plus grand site minier hydraulique des Etats-Unis, administré alors par des Français venus du vieux continent.
Nous avons rencontré Audrey Calefas-Strébelle, Ph.D. (Stanford), la Française qui découvrait il y a plus de 20 ans, l’existence de ce village minier français, et qui a écrit en 1997 un mémoire de maîtrise sur les Keskydeez, ces francophones de la ruée vers l’or. Elle nous raconte le contexte de ses recherches et ce qu’elle y a découvert.

Audrey, vous êtes professeure d’histoire et de lettres à Mills College, racontez-nous comment vous avez été amenée à travailler sur la ruée vers l’or et comment avez-vous découvert Malakoff ?
Malakoff Diggins State ParkDe passage en Californie à l’été 1995, ma soeur me savant friande de camping, m’amena passer quelques jours dans le Malakoff Diggings State Park. A notre arrivée, le ranger du parc nous indiqua une ville désaffectée (North Bloomfield) qui se trouvait, à l’époque, au bout d’un chemin défoncé et rocailleux qui se terminait dans la rue principale de cette petite ville minière restée dans son jus. Extraordinaire ! Personne, le temps figé, la poussière en suspension, Calamity Jane qui allait certainement surgir d’un saloon.
Ma soeur avait réservé une cabane de mineur des plus rustiques. Le sort voulu qu’elle porta le nom de Frank Que Condon, un mineur français, personnage haut en couleur qui avait marqué la mémoire de la ville. Je venais de rencontrer mon premier Keskydeez surnom donné aux mineurs français qui, parlant peu d’anglais, répétaient à l’avenant “mais qu’est-ce qu’ils disent?”.

Qu’y avez-vous découvert d’autre ?
Au détour d’une promenade, nous eûmes la stupéfaction de découvrir un petit cimetière abandonné qui abritait de nombreuses tombes aux noms français. Je cherchais un sujet pour mon mémoire de Maîtrise, je venais de le trouver. J’ai alors découvert que d’autres personnes avant moi s’étaient intéressées à la ruée vers l’or des Français tels que Michel Janicot, Claudine Chalmers, Marie Paquette et Annick Foucrier. Tous ont publié d’excellents livres sur la présence française dans les mines (essentiellement dans les mines du sud, à l’exception de Michel Janicot) mais personnes ne s’était penché sur les Français des mines du nord dans leur ensemble, ce que j’ai fait. North Bloomfield, Nevada City, Marysville et Grass Valley sont toutes des villes des mines du nord et toutes comptent la présence d’une communauté francophone importante pour l’époque. Il semble qu’il y avait près de 8000 Français dans les mines du nord, bien plus que dans les mines du sud (6000) et que dans celle du centre (4000). La petite ville de North Bloomfield et la mine de Malakoff (nommée après la bataille de Malakoff en 1855, victoire française lors de la guerre de Crimée) comptaient une importante communauté de francophones. A North Bloomfield, sur les 600 noms reportés dans le registre des concessions autour la ville, 130 étaient français. 

Comment vivaient les mineurs à cette époque ? Une anecdote en particulier ? Que s’est il passé en septembre de cette époque ?
La naissance de North Bloomfield remonte à 1851-52, époque durant laquelle le gouvernement français de l’époque patronne une compagnie d’émigration afin de se débarrasser discrètement “d’indésirables” : petits voleurs, filles légères, miséreux mais aussi de quelques républicains exaltés déçus par le coup d’ Etat de Louis Napoléon Bonaparte.
Alléchés par une brochure publicitaire rédigée par Alexandre Dumas fils, la
loterie des Lingots d’or eu beaucoup de succès et envoya environ 4000 Français en Californie dont plusieurs qui prirent le chemin de North Bloomfield. Tous les Français n’étaient pas chercheurs d’or ; en 1855 Madame Auguste ouvrit le premier établissement français à North Bloomfield, le bien nommé Hôtel de France, qui fut suivi d’une brasserie, d’un magasin général et d’une pension de famille tous tenus par des Français. On retrouve aussi beaucoup de Français à Grass Valley et à Nevada City situées à quelques 15-20 miles de North Bloomfield.
Lola Montès, la demi-mondaine parisienne, qui après avoir enflammé les planches de la capitale en dansant jambes nues, vient s’installer à Grass Valley où elle se produisait, et sa danse de l’araignée semblait réjouir bien des mineurs. A North Bloomfield, les Français furent à l’origine de l’utilisation de canons hydrauliques (abattage hydraulique),

French Miner

French Miner, from Mountains and Molehills, illustration Maryatt 1855

méthode qui propulsait des jets d’eau puissant sur les collines afin de détacher les quartz aurifères, et d’en extraire l’or. C’est en fait Antoine Chabot (le Chabot de l’observatoire d’Oakland) qui fut le premier à avoir l’idée d’utiliser sur sa concession de Buckeye Hill (Angel Camps, mine du sud) un jet d’eau afin de casser les blocs de graviers et de les faire descendre des collines. C’est à Malakoff que cette méthode prit toute son envergure et des mineurs français exploitèrent la mine jusque dans les année 1860. En 1866 plusieurs mines furent regroupées autour de Malakoff donnant naissance à la North Bloomfield Gravel Mining Company, financée par un investisseur français (Louis Alfred Pioche, le bien nommé) et opérée essentiellement par des mineurs également français au point que cette entreprise était connu sous le nom de “French Company”. Cette compagnie était la plus grosse exploitation d’extraction hydraulique connue et la petite ville de North Bloomfield servait de centre d’échange, d’hébergement, de restauration et de divertissement aux mineurs. 

Dans les mines du nord, les Français sont aussi à l’origine des premiers documents visant à réglementer le partage des terres aurifères, et l’exploitation des concessions ; documents qui furent adoptés en 1852 par l’ensemble des mineurs de Nevada City puis étendus à tout le comté.

Une bonne raison de nous rendre à ce festival le 14 septembre prochain ?
Hummm…Nous sommes tous un peu venus chercher de l’or en Californie, qu’il soit jaune et brillant ou fait de puces et de nuages. Allez à la rencontre des Français de North Bloomfield, c’est un peu visiter la tombe de notre grand-père.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Sur d’autres aventures, d’autres voyageurs. Ceux qui partirent en Orient au XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle. Je travaille en “humanité numériques” et je cartographie les voyages, réseaux, manuscrits et objets qui ont participé à l’élaboration d’une vision orientaliste de cette partie du monde.
Aussi et comme j’ai été pendant longtemps l’assistante de recherche de Michel Serres à Stanford, j’assiste (à titre amical) à l’élaboration d’une fondation en son nom.

Merci Audrey-Calefas-Strébelle

Adresse de l’évènement du 14 septembre:
Malakoff Diggins State Historic Park- 23579 North Bloomfield Road-Nevada City, CA 95959

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