Burning Man c’est un peu comme les feuilles qui tombent à l’automne, quand on vit dans la Baie de San Francisco, cela revient tous les ans.
Que ce soit en constatant que son voisin a troqué sa voiture électrique pour un van de location, qu’il teste un déguisement de fée clochette dans son jardin, ou simplement parce que le rayon des bonbonnes d’eau est vide dans les supermarchés alentours ; Burning Man revient dans le paysage depuis 33 ans maintenant.

Cette année, la France sera dignement représentée par un plasticien hors norme, sculpteur de la lumière comme il aime à se définir, en la personne de Marc Ippon de Ronda.
Burning Man 2019 Marc IpponBercé par la musique techno dans les années 2000, fasciné par les propriétés de la lumière comme outil artistique, Marc Ippon de Ronda a déjà présenté une installation à Beaubourg dans le cadre d’un programme événementiel, monté des projets à Tokyo, à Londres et en Italie.

Fragments, son installation monumentale de plus de 7 mètres de haut plantée sur un périmètre de 40 mètres, et totalisant 13 tonnes de matériel, représentera donc les couleurs de la créativité française à Burning Man 2019.
Il peut être fier, car c’est en effet le seul lauréat français parmi les 27 installations de co-financées par la Black Rock City Honoraria 2019 ; la plupart des autres projets sélectionnés étant montés par des artistes américains ou canadiens.

Nous avons eu la chance de rencontrer Marc à Paris juste avant qu’il ne parte pour la Californie.

Burning Man 2019 Marc Ippon

photo William-Fleming

Marc Ippon de Ronda, quel est votre parcours ? 
J’ai un profil atypique car je n’ai pas fait d’école d’art, j’ai fait mon éducation artistique moi-même en lisant et en faisant des rencontres.
J’ai démarré au milieu des années 2000 par la musique techno, puis je me suis assez naturellement intéressé à la scénographie en faisant du Mapping pour des événements. J’aime traiter la lumière comme un outil artistique.

Quelle a été votre motivation pour participer à Burning Man ?
Je connaissais l’événement car je m’étais intéressé au travail de Leo Villareal (l’artiste qui a illuminé Bay Bridge) et j’avais lu qu’il avait commencé avec des installations à Burning Man… J’ai effectué quelques recherches sur Burning Man, regardé ce qu’il s’y faisait du point de vue artistique, mais je me suis dit que ce n’était pas vraiment mon truc. Les créations ne correspondaient pas à mon propre style, qui est plutôt minimaliste. J’ai donc oublié Burning Man pour un temps.
Poussé par des amis artistes, DJ, plasticiens… j’ai finalement décidé de proposer un projet que j’avais en tête depuis plusieurs mois. Mais étant donné la taille du projet, vu mon type d’installation, je ne pouvais pas le financer moi-même.
Alors j’ai soumis Fragments à la Black Rock City Honoraria Program pour obtenir une bourse que j’ai eu la chance d’obtenir. L’oeuvre est financée à 20% par la bourse, et le reste par le crowdfunding et grâce au soutien financier, matériel et humain du studio de production ATO Designs. Le crowdfunding est nouveau pour moi en tant qu’artiste, et je suis heureux de voir que des gens qui ne sont jamais allés à Burning Man m’ont fait confiance. Malheureusement, le financement est un peu de le nerf de la guerre dans ce genre d’aventure.

C’est quoi ce projet Fragments ?
Fragments représente un rêve éveillé, un temple né du désert, un lieu de méditation et d’accès à la sagesse. Concrètement c’est un ensemble de fragments de miroirs géants, plantés dans le sable avec en son centre, un escalier monumental que l’on gravi au lever du soleil. J’ai écrit une légende que l’on pourra lire au pied de l’oeuvre pour supporter le rêve si on le souhaite, mais chacun pourra y mettre ce qu’il veut.
Quand j’ai conçu ce projet, je n’avais pas de lieu où le poser, je l’avais simplement en tête depuis plusieurs mois.

Comment avez-vous géré le défi technique compte tenu de l’environnement hostile du désert
D’abord, j’ai un peu modifié mon idée quand on est passé à la réalisation. Il a fallu s’entourer des bonnes personnes et de compétences très particulières. On s’est rapproché de RBHU à Berkeley, le bureau d’ingénierie qui a déjà réalisé la conception technique de très grandes oeuvres pour Burning Man. Je leur tire mon chapeau pour avoir su aider mon équipe et nous guider pendant tout le process. La production est faite à Brisbane par un atelier local.
On a choisi des matières qui résistent à la chaleur, aux conditions extrêmes de l’endroit, au vent… Pas question d’utiliser des miroirs classiques, on a choisi des miroirs plastiques, des leds spéciales, des adhésifs particuliers ; le tout représente 13 tonnes de matériel.
C’est conçu comme un Meccano afin de pouvoir être transporté dans un seul container, assemblé relativement facilement à l’aide d’une grue, et démonté sans problème.
Un autre élément intéressant, c’est qu’étant donné que l’installation est fixe et que la terre change légèrement d’axe tous les jours, j’ai du faire appel à un spécialiste du cadran solaire (Kevin Karney) pour faire en sorte que l’implantation de l’escalier soit bien dans l’axe pendant la durée de Burning Man.

Qu’est ce que vous attendez en allant à Burning Man ?
Burning Man 2019 Marc IpponMon souhait c’est de rassembler, fédérer et de faire rêver. Mais aussi de créer de l’interactivité autour de l’oeuvre.
Je le fais comme un « don » et j’espère que les participants vont s’approprier l’installation. En tant qu’artiste, on est un peu « control freak » mais j’attends le moment où l’oeuvre sera montée et que je pourrais simplement partager le moment avec les gens qui seront là. Je suis très curieux de voir ce qui va se passer. Par exemple, un couple qui a vu notre projet, nous a demandé de pouvoir se marier sur place, ce sont ce genre de choses qui me font vibrer.
J’espère que ce sera aussi une belle expérience pour mon équipe qui m’a fait confiance et qui m’accompagne sur place.

Vous avez travaillé vous et votre équipe, juste pour une semaine de Burning Man ? Il se passe quoi après pour votre oeuvre ? 
Quand tout est fini, on remet tout dans le container, et on l’entrepose. Mais notre objectif est que l’oeuvre soit ré-installée en Californie ou ailleurs. Cela dépendra de qui peut l’accueillir. Là aussi, on cherche des mécènes pour que l’installation trouve sa place après Burning Man. Les équipes techniques l’ont conçue pour quelle soit pérenne car elle s’inscrit complètement dans mon travail précédent.

Si vous allez à Burning Man, ne ratez pas la cérémonie du dépoussiérage des miroirs qui aura lieu tous les matins à 5h45 au lever du soleil et rêvez… en faisant une salutation au soleil en haut de l’escalier.

Et si vous voulez participer au financement de ce projet pour qu’il s’inscrive dans le temps, rendez-vous sur le site.