Il fut un temps où un seul français, un breton, possédait les deux tiers de San Francisco. Cela explique peut-être pourquoi on trouve autant de kouign amann dans les boulangeries locales ! Merci Gilles Lorand de San Francisco by Gilles d’avoir partager cette savoureuse histoire.

Joseph-Yves LIMANTOUR (dit “José-Yves”) est né le 1er avril 1812 à Keryado, aujourd’hui un quartier de Lorient, Morbihan.
A partir de 1831, comme beaucoup de bretons, José-Yves Limantour s’engage dans la marine marchande. Il rejoint les côtes du Golfe du Mexique où il fait du cabotage entre Vera Cruz et la France. En 1836, après avoir franchit le Cap Horn, il continue ses activités à partir de Lima, Pérou. En tant que commerçant et capitaine de navire, il explore de nouvelles opportunités le long des côtes du Pacifique, de Valparaiso (Chili) à la Californie.
Son aventure californienne commence par un naufrage qui aurait pu faire de lui une des plus grosses fortunes du monde…

De la domination espagnole au Mexique en passant par les explorateurs et les colons de la Californie
Après la conquête du Mexique par les espagnols en 1521, le pouvoir politique se situe à Mexico. Le vice-roi espagnol n’a aucun réel contrôle et surtout aucun moyen de protéger les territoires du nord, dont l’Alta California (Californie actuelle). Ce sont surtout des explorateurs et des marchands qui s’intéressent à cette partie du Mexique.
En 1579, Sir Francis Drake, un explorateur britannique, pensant être arrivé à Monterey (Alta California), fait escale dans une baie qui porte aujourd’hui son nom : « Drakes Bay ». Des navires européens, dont ceux du comte français Jean-François Galaup de la Pérouse (1796), mouillent le long des côtes nord de la Californie. Des colons russes s’installent à Fort Ross (1812). Plus au sud, les colons espagnols construisent des Missions (villages de colonisation) et des Presidios (garnisons militaires).
En 1821, le Mexique gagne son indépendance, abandonne les Missions et Presidios espagnols, ouvre le territoire aux rancheros (éleveurs de bétail) et à toute personne de passage. L’économie se développe… Des américains commencent à s’installer le long des côtes pacifiques.
A partir des années 1830, les tensions entre hispanophones et anglophones s’intensifient…

Le caboteur breton fait naufrage dans la baie de Drake (Drakes Bay)
Le 26 Octobre 1841, alors qu’il devait se rendre au pueblo de Yerba Buena (actuel « Portsmouth Square » à San Francisco), l’Ayacucho, le navire marchand de Joseph-Yves Limantour s’échoue sur une plage de Point Reyes. Le brouillard lui a fait manquer la fameuse Porte Dorée (« Golden Gate »), à l’entrée de la baie de San Francisco.
Avec ses hommes, il se rend à Sausalito où il affrète un bateau pour aller récupérer sa marchandise : soieries, eaux-de-vie, équipements et vivres pour les colons. Il tire finalement de bons profits de ses ventes et reste au pueblo de Yerba Buena pendant une année.
En 1842, Limantour avance de l’argent au gouverneur mexicain —Manuel Micheltorena— qui ne peut honorer sa dette. En guise de remboursement, Limantour demande des terrains.

Un des hommes les plus riches du monde est … breton
Devenu expert en cabotage sur les côtes pacifiques, en 1843, Joseph-Yves Limantour, sollicite auprès du gouverneur mexicain une concession de terres à Yerba Buena (sur la péninsule de San Francisco). Il se voit octroyer 4 lieues carrées de terrain contre de la marchandise d’une valeur d’environ 4 000 dollars.
Quelques années plus tard, au cours de la guerre américano-mexicaine (1846-1848), Limantour offre ses services à l’armée mexicaine en livrant des armes, munitions et vivres. A court d’argent, le gouverneur paie ses dettes en lui concédant de nouveaux terrains.
Entre 1840 et 1850, Joseph-Yves Limantour possède plus d’un million d’hectares, ce qui en fait un des hommes le plus riche du monde.

Panique à San Francisco !
En 1851, la Californie devient le 31ème état des Etats Unis d’Amérique.
Le 5 février 1853, Joseph-Yves Limantour présente 57 titres de propriété (75 000 hectares) devant la Commission des Terrains (Land Commission) en charge de vérifier et confirmer les titres de concessions émis pendant l’ère mexicaine : 2/3 de la ville de San Francisco, les îles d’Alcatraz, Yerba Buena et des Farrallones, la péninsule de Tiburon (carte ci-dessus), le Cap Mendocino, la « Laguna de Tache » (à Fresno), le comté de Solano (entre Vallejo et Sacramento) et la vallée Cienega.
A la surprise de tous, en janvier 1856, les titres de Limantour portant sur les concessions de San Francisco, des îles d’Alcatraz et des Farrallones sont validées. La panique gagne parmi les 50 000 San Franciscains qui, depuis la Ruée vers l’Or de 1848, se sont installés sans le savoir sur des terrains appartenant au breton.
Des centaines d’entre eux « rachètent » leur terrain à Limantour qui accumule une fortune. Le gouvernement américain qui a établi des édifices fédéraux (poste de douane, fort militaire, hôtel de la monnaie…) à San Francisco fait appel de la décision de la Commission des Terrains.
Le 19 novembre 1858, après deux années d’un procès très animé, la Commission revient sur sa décision de 1856 et déclare les concessions de Limantour non fondées et ses titres « fabriqués ». Spolié, Limantour est inculpé pour faux et parjure. Il est arrêté mais libéré sous caution.

Il s’exile pour toujours au Mexique où il rejoint sa femme, une bordelaise dont il a deux fils. L’aîné, José-Yves Limantour (1854-1935) restera dans l’Histoire du Mexique en tant que Ministre des Finances et du Crédit sous la présidence de Porfirio Diaz.
Joseph-Yves Limantour -père, vit confortablement à Mexico jusqu’à sa mort en 1885, à l’âge de 73 ans.

Nous ne saurons probablement jamais si les titres de propriétés de Joseph Yves Limantour étaient valides. Il me semble que d’une manière ou d’une autre, les Américains n’étaient pas prêts à laisser entre les mains d’un étranger, la ville la plus prospère de la côte Pacifique au 19ème siècle.

La prochaine fois que vous irez à Point Reyes au nord de San Francisco—je vous le recommande vivement—pensez à notre ami breton, à sa fortune et ses infortunes.

Merci Gilles Lorand de sanfranciscobygilles.com – Kenavo

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